
Lynch et
la blonde platine...
Aveuglement avant expérience extrême ? Visionnage d’images interdites à faire frissonner le bourgeois ? L’affiche de la 61e édition du Festival de Cannes entraîne notre imagination du côté obscur. Ce carré noir mystère sur les yeux de l’infernale beauté blonde a comme un petit goût de X chic. Cannes 2008 promet ! On n’a plus qu’à retrousser sa robe du soir et suivre Pierre Collier, auteur de plus de 500 affiches de cinéma, qui a ici rendu hommage à David Lynch. Il s’est inspiré d’une de ses photographies pour créer un poster officiel symbolisant l’univers fantasmé du cinéaste. Noir, rouge et… platine. L’affiche sera pour la première fois distribuée dans tous les cinémas de France. Collier a également conçu un ensemble graphique cohérent à partir de l’affiche, et pour les festivaliers un environnement esthétique dans le Palais et alentours déclaré « territoire cinématographique du 14 au 25 mai 2008 ».
Avec David Lynch en figure tutélaire, Pierre Collier met le feu au tapis rouge du prochain Festival. La cuvée 2008 semble vouée à de chaudes montées de sublimes fouetteuses en talons aiguilles. Fragiles s’abstenir car ce clone cranté de Jean Harlow promet des salles obscures délicieusement dangereuses. Le rouge sexuel sur la bouche gourmande est explicite, mais le bandeau noir laisse rêveur. Cette intimité sulfureuse est le ticket standard pour qui entre dans l’univers de David Lynch, cinéaste idolâtré de Twin Peaks, Dune, Eraserhead, Sailor et Lula (Lynch a dû notamment tourner une seconde version de certaines scènes de films sous peine de se voir classé X). Homme des lumières pour les aficionados, Lynch multiplie les talents : peintre, cinéaste, sound designer, designer tout court, musicien et… photographe. On a pu voir en 2004 à la Galerie du port autonome ses clichés de femmes pris à Lodz, en Pologne. Les visiteurs ont découvert à leur corps défendant la signification profonde du mot convoitise. Troublants, érotiques, fétichistes, cette bouche cerise glossée, cet œil charbonneux, ces pieds nus à damner… un saint, et ces chairs poudrées de perfection plastique. Lors d’une exposition à la Fondation Cartier, le maître avait aussi demandé au styliste Christian Louboutin de réaliser des souliers. Et s’était empressé de les mettre en cage. Quant à Louboutin, il a renvoyé la politesse en proposant au cinéaste de photographier ses créations ! En quelques clichés Lynch a installé une atmosphère chaude (bouillante, oui !). Selon Christian Louboutin, suffoqué et subjugué, « le sofa s’est changé en chaise de bordel viennois »… Pour en revenir à Cannes, on ne sait pas encore si on y applaudira le génial David Lynch mais sa fille Jennifer, c’est sûr. Elle présente, hors compétition officielle, Surveillance avec Julia Ormond et Bill Pullman.

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