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La face cachée de Patti Smith

par Elise Pichelin
Mon cheval, Namibie © Patti Smith
Mon cheval, Namibie © Patti Smith

Trois décennies se sont écoulées depuis la naissance de la Blank Génération. Nombreux sont les membres du No Future qui ont disparu, elle, est toujours la. Chanteuse, poète, écrivain, citoyenne engagée, et aujourd’hui artiste, l’inqualifiable, Patti Smith demeure une figure anachronique, une performance expérimentale unique. Avec une exposition exceptionnelle à la Fondation Cartier, l’égérie féminine du mouvement punk est plus que jamais dans l’air du temps.


 « Rock is the only religion I got ». Ces quelques mots traduisent à la fois de son indépendance et de sa spiritualité humaniste, empreinte de musique, de poésie et plus généralement d’art. Inutile de disparaître jeune pour devenir une légende. Preuve en est le halo lumineux qui émane de la « poétesse du rock ». Enveloppée dans la vie de ses héros, découverts durant de brèves études de lettres, celle qui plus jeune entretenait des amitiés imaginaires avec Rimbaud, Bob Dylan, les Stones, Brian Jones, William Burroughs ou William Blake, a fini par devenir elle-même une lumière incandescente. Se plonger dans son univers au mysticisme lyrique relève presque du pélerinage.

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Dès ses débuts à Manhattan, Patti Smith a envisagé ses expériences théâtrales, poétiques ou musicales comme les fantasmes dont elle serait le sujet de désir. Cette aura quasi religieuse, provoquée ou inconsciente, a souvent été interprétée comme une forme de vanité. Certains, tel le photographe Robert Mapplethorpe, dont elle a partagé la vie au Chelsea Hotel, avait su déceler en elle une sensibilité à fleur de peau. Une présence électrisante et décalée, dans un corps androgyne, qui la rendait déjà insaisissable, aux yeux des autres membres du mouvement. Patti Smith, une personalité unique qui poursuit sa fulgurante course pour nous surprendre encore aujourd’hui, mais avec d’autres médiums que la musique. C’est à la fondation Cartier qu’elle nous dévoile la face cachée de ses talents, trop rarement exploitées. A travers ce parcours initiatique dans l’inconscient de Smith, on découvre des dessins prêtés par le MOMA ou le Centre Pompidou, des films réalisés par Robert Frank, Robert Mapplethorpe et Jem Cohen, un film surprise conçu spécialement pour l’occasion, ou encore une performance sonore The Coral Sea réalisée avec Kevin Shield.

Depuis 1967 et ses débuts dans le PUNK, elle utilise des photographies pour sublimer ses collages, mais ce n’est qu’en 1995 que l’artiste se remet à prendre des clichés avec un vieux polaroïd Land 250. Ses sujets portent sur des voyages ou des souvenirs d’idoles essentielles à ses yeux : les pantoufles de Mapplethorpe, le lit de Virginia Woolf ou les couverts d’Arthur Rimbaud, des scènes mortes dont elle parvient à isoler une magie lyrique. « L’immédiateté du procédé photographique m’a procuré un sentiment de libération, en comparaison avec le processus long et compliqué du dessin, de la musique ou de la poésie, dit-elle alors. Cette exposition se veut un projet global et ne se limite pas aux seules salles d’exposition, alors pour ceux qui souhaitent prolonger davantage l’enchantement, Patti Smith se propose d’envahir complètement la Fondation de son empreinte avec des soirées nomades placées sous hautes vibrations musicales et lyriques...

Patti Smith Land 250
Du 28 mars au 22 juin
À la Fondation Cartier