Marcher et écrire : Sylvain Tesson en vit, et c’est heureux. Ce sont les deux moyens qu’il a trouvés pour échapper au temps. Le rituel est immuable : la nuit venue, il ouvre son cahier en papier de riz (économie de poids) qu’il couvre d’une écriture très fine (économie d’espace), et de phrases très brèves (économie de style). Raison sans doute pour laquelle cet éternel vagabond a choisi de s’illustrer dans l’art de la nouvelle, le texte court ou, comme c’est le cas ici, l’aphorisme. Alors que Sylvain Tesson épingle sa pensée, la poésie surgit, là, en quelques mots. Fin observateur, il traque les lieux communs auxquels il préfère les lieux sauvages (« Y a-t-il des mers enchaînées ? »). Est tantôt pessimiste (« La Sibérie jette un froid sur nos rêves de Russie »), parfois romantique (« Atoll attend sirène pour lui passer la bague au doigt »). Toujours élégant, il s’est associé à Bertrand de Miollis qui signe les illustrations pour nous offrir le plus beau des cadeaux. On en ferait bien son livre de chevet, mais c’est à craindre qu’il ne veuille, lui aussi, prendre la clé des champs pour aller voir le vaste monde…
Aphorismes sous la Lune et autres pensées sauvages, de Sylvain Tesson.
Éditions des Équateurs, 112 p., 11 €.

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