|
Emanuel Ungaro
Prêt-à-Porter Automne Hiver 2008
Un nouveau designer chez Emanuel Ungaro
par Stéphane Gaboué
C’était sans aucun doute l’un des événements les plus attendus de cette fashion week : le nouveau départ de la maison Emanuel Ungaro sous la direction artistique d’Esteban Cortazar, un designer américain d’origine colombienne et britannique. Ce dernier s’était fait remarquer aux Etats-Unis il y a 5 ans, à un moment où ce pays s’entichait d’une nouvelle génération de créateurs incluant Zac Posen, Jack Mc Cullough et Lazaro Hernandez (le duo derrière Proenza Schouler). Son très jeune âge à l’époque (18 ans), l’avait vite fait passer pour un prodige. Mais son travail, dominé par des pièces féminines à la sensualité conventionnelle, n’avait jusqu’à présent laissé aucun souvenir indélébile.Il fut en tout cas recruté l’année dernière par Mounir Moufarrige, PDG d’Emanuel Ungaro, afin de remettre sur les rails cette maison vénérable, mais considérablement affaiblie par une succession de 3 designers en autant d’années. Cortazar arrivait donc avec une certaine promesse de sang neuf. Mais sa vision d’une femme à la fois féminine, sexy et romantique ne semblait pas particulièrement novatrice. La collection reposait un peu trop sur de légers tops et robes imprimés de tiges de roses, ou à effets drapés et torsadés, le tout dans une palette de couleurs softs. Une robe en maille rose chewing-gum -ou un manteau gris frangé furent les rares allusions à l’hiver. Les vêtements trahissaient par moments un manque de finesse dans leur réalisation, et on notait quelques fautes de goût. Le top drapé gris porté avec un pantalon rose à taille haute et alourdi par un collier de perles de bois et un pullover gris, ou les roses décoratives sculptées en maille ou en satin en sont des exemples. Ce premier show nous donnait en fait l’occasion de nous repencher sur l’histoire de la maison Ungaro, qui connut son apogée dans les années 80 grâce à ses drapés et ses exubérants mélanges d’imprimés. Cette esthétique a toutefois desservi la marque au cours des très minimalistes années 90. Une nouvelle heure de gloire sonna à la fin de cette décennie avec l’arrivée de Giambattista Valli aux côtés de Monsieur Ungaro. La collection "disco" pour l’été 2000 compte, selon moi, parmi l’un des meilleurs défilés parisiens de ces dernières années. Le revival de la maison Ungaro fut tel qu’il contribua même, via son message sexy et hédoniste, à façonner l’esthétique de la "célébrité" qui a tant d’influence dans notre culture actuellement. Aucun des successeurs de Valli n’est jusqu’à présent parvenu à hisser la marque au même niveau. Ils n’en ont pas vraiment eu le temps, de toute façon. A Cortazar donc de s’efforcer, à sa manière, de remettre Emanuel Ungaro sur le devant de la scène et à se faire le garant de l’excellence technique qui fut l’un des points forts de cette auguste maison. |
||||
|
|