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Salon de Milan 2008 : Christofle sort le grand Je
© Gio Ponti / Christofle
Salon de Milan 2008 :
Christofle sort le grand Je


par Elisa Morère

Épicentre du Voir et se faire voir ? le Salone internazionale del mobile (salon du meuble) de Milan évidemment ! Avec pas moins de 200 000 m2 et de gigantesques annexes consacrés au mobilier, l'édition d'avril 2008 a encore fait mouche. On a révisé ici les codes du bien vivre. Le nec plus ultra des designers, des créateurs, des marques en vue s’y est retrouvé, s’y est recueilli, s’y est inspecté. Autant de spécialistes qui flairent le talent avec un nez féroce, mais juste. Le salon de Milan concentre toujours les grands mouvements qui agitent notre XXIe siècle. Moteur mondial de l’innovation, des derniers concepts architecturaux, il est aussi l’arbitre des élégances de nos futurs intérieurs. Parmi ses meilleurs spots cette année, la maison française d’orfèvrerie Christofle, qui exposait l’un de ses designers stars : Gio Ponti.

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Seule la création donne ce souffle exceptionnel qui fait les plus belles maisons de luxe. Or toutes les signatures qui s’arrachent à prix d’or étaient cette fois encore au Salone del mobile et toutes les marques qui peuvent s’attacher leurs services aussi ! Aujourd’hui les frères Bouroullec ont été une fois de plus consacrés. Après leurs objets onéreux et élitistes, ils ont œuvré en douceur (côté prix) pour Kartell, grand spécialiste du design 100 % plastique. La marque fait aussi travailler Philippe Starck, qui s’est lâché sur une toute nouvelle chaise nommée Hi-cut. Autre pointure ? L’alliance de B & B Italia et de la diva assoluta, Patricia Urquiola, qui ont dévoilé la chaise Back, carénée comme un avion furtif, avec angles de cuir.

À Milan, les fêtes se sont succédées – sans le carton-sésame, on n'existes même pas ! – et les expositions étaient le repos du défricheur de trésors. Justement, Christofle, l’orfèvre, exposait. La maison joue depuis 1830 la politique du Je, grâce aux grands designers de chaque génération. Des ego éblouissants, forts en coups de crayons magiques, qui vous transforment un lingot d’argent en petite cuillère à se damner ! Man Ray, Cocteau, l’étourdissant Roger Tallon et la hiératique Andrée Putman, Martin Szekely ou encore l’archi touche-à-tout Ora Ito, qui a créé une série d’objets transformables à merci. Tous ont contribué à lustrer l’aura de l’orfèvre au firmament des tables princières, royales, ministérielles, présidentielles. Celles des ambassades comme celles des grandes familles. Cher mais beau ? Oui, sans discussion. L’exposition a démontré l’interaction entre l’art de l’orfèvre et un maître du design italien, Gio Ponti. Architecte, designer, fondateur du salon en 1933, de la revue Domus toujours éditée, il est décédé en 1979. Étaient présentées 25 pièces en argent, de 1928 à 1978. Pour la première fois, Christofle a produit des projets restés à l’état de dessins ou de prototypes. La maison a réédité également des œuvres connues. Vu l’engouement actuel pour la culture du Je (la prime à la signature dans le domaine créatif), le succès guette.

L’orfèvrerie n’est pas un art ancien à bout d’arguments. L’argent est un médium souple et léger comme l’air. Démonstration ? Ces vases de Gio Ponti esquissés comme des masques, figuratifs ou abstraits selon ce que l’on veut voir. Ou ce candélabre Flèche : couple captant un rayon de soleil ou sculpture organique aux rondeurs argentées ? L’exposition relatait les affinités artistiques, les amitiés, les projets. Car la création est aussi – et avant tout – une affaire de personnes qui se sont choisies par (bon) goût