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Aux Galeries Lafayette,
les vanités flambent

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par Elisa Morère publié le 8 octobre 2008

Galeries Lafayette

Le grand magasin parisien déploie son premier étage sur un nouveau concept « luxe ». 2000 mètres carrés où se regroupent les grands noms de la couture française et italienne et le nec de la création. Ceci n’est que le prélude à une refonte programmée jusqu’en 2012 qui englobera un étage VIP.

Attention chantier. En phase finale car on place encore quelques lampes de porcelaine de Limoges imaginées par Yann Kersalé. Deux mille esquifs forment déjà cet escadron poudré de lumière au-dessus des têtes des premières curieuses en pleine opération shopping. En effet, de longues lianes russes ou japonaises, de passage dans la capitale, font défiler en avant-première un échantillon des vêtements créateurs proposés sur un forum central. Tout autour se dressent des cabines dorées en forme de cages à oiseaux. La concurrence, Sak’s de New York ou Harrod’s de Londres, met la pression et vient également flairer ce délicieux parfum chic si parisien.

L’espace Créateurs n’est en réalité qu’une des perles du royal collier conçu par les Galeries Lafayette. Comme une garde rapprochée, s’ouvrent tout autour de somptueuses boutiques dont les noms forment le Bottin Couture suprême. Un magnifique parcours premium que l’on déguste sous forme de larges allées dallées de marbre blanc et noir où la bousculade n’est pas de mise. Marqueterie de pierre, or, strass, miroirs qui réfléchissent les enseignes, ce décor au luxe temporel et très codé a été proposé par l’architecte Bruno Moinard. Vingt trois maisons, et neuf nouvelles signatures d’avant-garde sont présentes dans ce club disposé en carré. Chacune cultive son image soyeuse - blanc et fauteuils Paulin pour Balenciaga ou parquet Versailles en bois blond pour Vuitton - mais a joué volontiers la correspondance avec les gimmicks des Galeries Lafayette. Nous avons nommé la « Coupole » et ses arabesques fleuries signées Majorelle qu’on retrouve imprimées sur panneaux de verre, servant de cloisons entre les boutiques. Les ascenseurs ouvragés, très Bonheur des Dames, vont bientôt retrouver leur usage et déposer les privilégiées au coeur de cet onéreux piège à filles.

Le premier étage devient de fait le prolongement naturel du rez-de-chaussée plein comme un oeuf. « Impossible de pousser les murs » explique Odile Boucher, l’acheteuse en chef des espaces mode, « alors on joue sur la hauteur ». « Nous souhaitons, qu’enfin, les clientes montent jusque-là, attirées par la sélection très pointue effectuée lors des défilés où nous repérons de nouveaux talents ». Plus besoin de courir tout Paris pour assortir un sac avec une bague. Les Versace, Prada, Yves Saint-Laurent, etc. offrent leur maroquinerie et leurs souliers (n°1 au top des ventes), leurs collections de vêtements et leur… joaillerie dans des espaces qui n’ont rien de riquiqui. Parmi les pointures, certaines comme Yves Saint-Laurent ou Balenciaga, Céline, Fendi ou Gucci sont ici pour la première fois. D’autres présentent en exclusivité comme Jean-Paul Gaultier, Juna Watanabe, Alaïa, Comme des Garçons, ou Louis Vuitton. De plus en plus « design » les Galeries Lafayette ont aussi offert une place de rêve aux petits jeunes qui montent comme Felipe Oliveira Baptista, De Couture, Richard Nicoll, Lutz ou Véronique Leroy, qui, enfin, voient leur travail mis en valeur d’égal à égal avec la sphère luxe. Le magasin a tenté un cocktail prestigieux de grandes maisons exclusivement françaises et italiennes, signatures créatives et « jeunes pousses » en devenir.

Il se trouve que 44 % du chiffre d’affaires du magasin provient du luxe. Une manne qui retombe aussi les griffes dont certaines peuvent se vanter d’une croissance à deux chiffres en un an. À qui s’adresse ce concept ? « Le magasin reste accessible à tous », persiste à dire Odile Boucher qui, pour les Galeries Lafayette, défend une certaine forme de démocratie. « Les boutiques sont ouvertes, pas de portes à pousser comme sur l’avenue Montaigne. On peut les traverser sans acheter, juste jeter un œil et passer à la suivante ». Des caisses spéciales VIP avec larges fauteuils sont prévues pour les 45 % d’acheteurs étrangers - sur 80 000 visiteurs par jour. Parmi eux, sans doute quelques-uns de ces milliardaires asiatiques, indiens et russes parmi les 1 000 recensés dans le monde, aux côtés des 10 millions de millionnaires. Cette élite vient se régaler de la « french touch » - panier moyen d’un Saoudien : 1 230 euros environ - et n’hésite pas à repartir par la porte spéciale VIP, le groom portant les sacs vers la Bentley. Qui dit luxe, dit services et donc une farandole de propositions : grooms sur commande, 18 interprètes, 10 personnal shoppers et salons particuliers pour les essayages, entrée réservée où les chauffeurs peuvent patienter. Et aussi cette bulle de paix et de rendez-vous qu’est le Bar à Champagnes où l’on peut siroter une coupe de Dom Pérignon frappée… en attendant plus, toujours plus, c’est à dire d’ici peu un vrai étage V.I.P dont on vous dira des nouvelles.


Mode,Grands magasins,Paris,Luxe
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