Exposition : à même la peau
par Elisa Morère publié le 15 juillet 2008
Vaporeux dessous, lingerie fine, dessous-dessus, cette arme fatale nous évoque irrésistiblement l’univers de Chantal Thomass. Elle s’est faite commissaire d’exposition autour de « Secrets » –jusqu’au 26 octobre prochain au musée du Textile de Saint-Gall, Centre de la broderie pour la haute couture de nos jours (Suisse). Aidée de l’historienne du vêtement Catherine Ormen, Chantal Thomass a sélectionné les trésors qu’elle chine depuis des années à travers le monde. De grandes maisons ont aussi prêté des merveilles. Le corps de la femme est ici exploré dans son intimité. Le XIXe nous parle des corsets qui compriment la taille, faisant rebondir poitrine et fessier. De soie verte, satin rouge, coton broché, ce délicieux passé est encore perpétué. Cadolle, par exemple, propose toujours des corsets sérieusement baleinés ! Le décor de l’exposition est subtil, féminissime. On nous colle parfois l’œil à la serrure pour explorer des vitrines coquines. On apprend qu’à certaines époques les femmes accumulaient les froufrous par couches : corset, caraco, combinaison, culottes hautes – voire à bretelles. Dans les années 1900 apparaît une lingerie évanescente, hollywoodienne. Un frisson de satin parme, saumon, amande, ciel. Les combinaisons translucides, les liseuses ajourées de dentelle, rebrodées à l’anglaise, nous offrent une vision fugitive d’élégantes en bas et jarretelles, tortillant un chignon dans un nuage de Guerlain. Les soutiens-gorge nous émeuvent. D’abord simple prémisse – bandeau de soie lacé et cent fois boutonné… pauvres hommes –, puis à armatures. D’une commode ouverte s’échappent des nuisettes aériennes que l’on palpe avec bonheur. Et puis, on retrouve les saveurs textiles à l’aveugle, en faufilant nos mains dans le fond d’entonnoirs pour comparer nylon, soie, tissus techniques. Les années 1920 dévoilent un festival de culottes en mousseline de soie rose, ou en toile blanche ayant appartenu à Coco Chanel. L’expo titille l’imagination avec des extraits de films (dont un défilé Chantal Thomass où apparaît Carla Bruni à 20 ans, en bloomer de dentelle) et des photos de charme. Après chaque guerre, pénurie alimentaire oblige, le corps s’allonge. Les seins deviennent plats, ou alors sont bandés pour les filles qui adoptent la mode Garçonne. En 1945-50, ils seront en « obus ». Chantal Thomass a concocté divers décors. Des boîtes chics d’où surgissent, après des flots de papier de soie froissé, de ravissantes babioles que l’on scrute bouche bée. À côté, une robe Chanel en mousseline et bustier avec porte-jarretelles intégré, une robe du soir Balenciaga à corset, un jupon à volants de dentelle et dessous de crin réalisé par Christian Dior en 1950 ou cette jupe de velours baleinée Vivien Westwood. On pouffe devant des guêpières compliquées, des bustiers pigeonnants en mousseline drapée et, surtout, des gaines pour ventre raplapla. Cette lingerie minuscule est un immense terrain de jeu pour des créateurs à l’imagination féconde. À l’étage, des thématiques. L’or de Calvin Klein, la panthère de la lingerie Barbara, le marin des ensembles Christian Dior. Cadolle et Dim, La Perla et Wacoal, Aubade, Chantelle, Kenzo, Lise Charmel… l’aristocratie de la lingerie en 500 magnifiques chiffons de peau. En somme, Chantal Thomass vient d’éventer tous nos secrets de beauté !
Jusqu’au 26 octobre prochain au musée du Textile de Saint-Gall, Centre de la broderie pour la haute couture de nos jours (Suisse).
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