Gareth Pugh : trublion de la mode - prestigium.com - Le quotidien de la mode
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Analyse

Gareth Pugh :
trublion de la mode

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par Delphine Roche publié le 7 octobre 2008 3 commentaire(s) 3

A Paris, on a longtemps croisé la frêle silhouette de Gareth Pugh dans le public des défilés de Rick Owens. Il apparaissait dans un trench de vinyle façon damier -de sa propre collection-, ou dans une doudoune noire brillante, les spectateurs même blasés en manteaux gris ou noirs classiques se retournaient, au moins une seconde, pour le voir passer. Il rejoignait souvent Michele Lamy, épouse et bras droit de Rick Owens, et derrière la longue mèche qui occultait presque totalement son œil gauche, on sentait que son regard aiguisé n’avait pas fini de jeter des étincelles de génie.

Vendredi 3 octobre, un Gareth Pugh dépourvu de sa célèbre mèche était à l’honneur de la cérémonie de remise du prix de l’ANDAM 2008, dont les lauréats passés portent des noms aussi prestigieux que Viktor & Rolf ou Martin Margiela. La soirée très officielle, présidée par le ministère de la culture, se déroulait cette fois au Chacha club, nouveau club préféré des fashionistas parisiens, non loin du Forum des Halles. L’occasion rêvée, imaginait-on, pour celui qui ne cache pas son penchant pour les tubes dansants -surtout ceux, plus ou moins douteux, des années 80-, de donner une leçon de dancefloor aux Frenchies… Que nenni. Flanqué de ses acolytes, le trublion anglais a préféré rester sagement assis au restaurant du Chacha, savourer en petit comité sa gloire et le/la blond(e) qu’il avait assis(e) sur ses genoux. Etrange pour celui que la presse de mode mondiale persiste à associer au phénomène « club kids » anglais depuis son premier défilé en 2004 dans une boîte londonienne. Quiproquo ?

Costumier pour le English National Youth Theatre à l’âge très précoce de 14 ans, puis étudiant à Central Saint Martins School, qui encourage l’expression personnelle, Gareth Pugh s’inscrit dans la tradition anglaise de l’outrance et du spectacle. Parmi ses exploits, une silhouette de caniche royal (gants-boules, chapeau-oreilles géantes), un manteau de cheveux humains, un défilé où les visages des modèles étaient entièrement masqués de latex, des épaulettes de 50 cm, des cols montant jusqu’aux yeux, du latex noir en total look, galbant des silhouettes aux proportions improbables , à la morphologie entièrement réinventée, façon Leigh Bowery… Ces frasques lui ont valu d’être souvent qualifié de costumier incapable de proposer des pièces de mode, et ont longtemps occulté aux yeux de certains critiques le prodigieux savoir-faire et l’incroyable talent de « l’enfant terrible » fauché comme les blés, qui coud inlassablement ses modèles dans son atelier-squat sans chauffage. « Toutes ses collections ont l’air d’un défilé de fin d’année d’école de mode. Des Gareth Pugh, il en existe des milliers », m’assurait encore récemment une rédactrice dubitative. « Il y a quelque chose de provocant et de ridicule à consacrer tant de temps et d’argent à des choses si ludiques. Si Pugh est la nouvelle coqueluche de la clique londonienne des étudiants de mode fébriles, il n’est que le dernier en date dans une longue tradition de défilés-performances qui remonte à la culture club de Leigh Bowery, en passant par Vivienne Westwood, Alexander McQueen et John Galliano », déclarait un critique en 2007. « Les gens ne voient pas que lorsqu’on enlève les épaulettes d’une de mes vestes, par exemple, on obtient une très belle veste », s’irrite le jeune prodige dans le numéro d’octobre de Dazed and Confused, qui lui consacre sa couverture, une interview ainsi qu’une série signée du photographe Nick Knight.

Si Gareth Pugh a retenu une leçon de ses aînés anglais, elle n’est pas forcément celle que l’on croit. Dans ce même numéro de Dazed and Confused, le créateur affirme son admiration pour la longévité de Vivienne Westwood, fidèle à son univers et capable de payer ses factures à la fin du mois. Il donne surtout les signes d’une maturité commerciale et d’une compréhension réelle des ressorts… du marketing : « Quand on commence très haut et très fort, c’est facile ensuite de diluer les thèmes dans des pièces plus accessibles. (…) Dior couture est un bon exemple de cela : le défilé est tellement démesuré, mais ensuite, les partis-pris de la collection filtrent à travers les sacs à main, les parfums etc… ». S’il vient d’être officiellement confirmé par le prix de l’ANDAM et une ovation au Palais de Tokyo, le passage de Gareth Pugh du statut d’extraterrestre à celui de créateur avec qui il faudra compter s’est clairement amorcé lorsque Rick Owens et sa femme Michele Lamy l’ont pris sous leur aile en produisant ses pièces et en organisant son showroom à Paris. Un coup de cœur que l’adorable épouse de l’Américain ténébreux évoque pour Prestigium : « Il est difficile pour moi d’exprimer une intuition et de résumer mon admiration pour son imaginaire et le savoir-faire qu’il manifeste dans ses collections. A la Biennale de Venise de 2004 figurait une section intitulée The Everyday Altered [le quotidien modifié], il aurait dû faire partie de cette section, mais il était trop jeune. Ses pièces procèdent d’une juxtaposition surréaliste d’art et de culture pop, de références à la société de consommation. Son humour n’est ni subversif ni agressif. Le Palais de Tokyo est vraiment le lieu le plus cool de Paris, c’est l’endroit idéal pour son défilé de super-héroïnes. Bien sûr, il faut penser à l’aspect commercial, au business –mais le business va à sa propre vitesse. C’est un plaisir de voir Gareth Pugh se développer. Le fait qu’on lui décerne le prix de l’ANDAM résume tout. »

Prêt à conquérir le monde comme ses femmes soldats intergalactiques, Gareth Pugh se déclare conscient d’avoir franchi un cap dans sa carrière et heureux d’avoir présenté sa première collection parisienne. Il sait qu’il est ainsi passé dans la cour des grands, de ceux que l’on prend au sérieux (Londres et sa course effrénée à la nouveauté ne le permettent pas), mais qu’on attend au tournant. Alors on lui demande à quels défilés il a assisté pendant cette semaine à Paris, et il répond dans une parfaite langue de bois : « Chanel. C’était très bien. » On lui fait remarquer qu’il semble déjà maîtriser le parler « politiquement correct » à la perfection, et il n’offre, en guise de réponse, qu’un sourire aussi malicieux qu’évasif…


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Vos commentaires Ajoutez un commentaire

Alicia D

le 8 octobre 2008 11h24

Trop la classe ce mec… Vive les fashion dogs, les caniches, les carlins

Jean-Balthazar

le 7 octobre 2008 17h24

pas mal le coup du carlin !!

rianna

le 7 octobre 2008 16h05

c’est vraiment le même garçon sur les photos ? le blond souriant et le brun ténébreux ? en tout cas, vive la création aussi extravagante soit-elle -et que jeunesse se passe avant que le marketing l’étouffe. Au fait : Gareth a l’humour très british en lookant des fashion-chiens : Pug (sans H) signifie Carlin in English !

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