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Dossier Spécial

Gilles Dufour : Le Joyeux Mercenaire

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par Stéphane Gaboué publié le 24 juin 2008

 Légion d’honneur

Un soir en juin dernier, le premier étage du restaurant parisien Maxim’s était si peuplé que Carlyne Cerf de Dudzeele, la fantasque ex-styliste du Vogue Américain, tenta d’échapper à la chaleur ambiante en rejoignant un groupe d’amateurs de champagne agglutinés sur le minuscule balcon donnant sur la Rue Royale. Puis elle revint subitement au bar, se planta devant moi, brandit un sac Chanel envahi de coups de pinceaux multicolores, et lança : « Regardez ce qu’il a fait à mon sac lors d’une visite que j’ai rendue au studio Chanel il y a plus de dix ans ! ». Au même moment, l’auteur de ce magnifique crime de mode passa : « Quand avons-nous fait ça, Gilles ? » demanda-t-elle. « Oh, je ne m’en souviens plus,…il y a peut-être 15 ans ? », répondit le designer Gilles Dufour avec un sourire malicieux, apparemment encore fier d’avoir « bousculé » le fameux status symbol.

En cette étouffante soirée d’été, Gilles Dufour et son sens irrévérencieux et ludique de la mode étaient célébrés par une Légion d’Honneur. Suzy Menkès, la critique de mode de l’International Herald Tribune, épingla la médaille à sa boutonnière. Thierry Coudert, un haut fonctionnaire qui contribua largement à l’obtention de cette décoration, lut un amusant discours retraçant la carrière du designer, de ses débuts avec André Oliver jusqu’à sa collaboration avec Karl Lagerfeld chez Chanel, et le lancement de sa marque éponyme. Sofia Coppola côtoya l’aristocratie française et les célèbres nièces de Dufour : Victoire de Castellane, la créatrice de bijoux chez Dior Joaillerie, et Mathilde Agostinelli, une attachée de presse chez Prada devenue subitement célèbre pour sa proche amitié avec le président Nicolas Sarkozy. Le légendaire Pierre Cardin, qui est aussi propriétaire de Maxim’s, contempla les festivités, tranquillement installé sur un tabouret près du bar.

Dufour s’est montré attentif et charmant avec tous ses invités, exactement comme je l’ai vu durant ces deux derniers mois, pendant sans doute la plus longue interview que je n’aie jamais réalisée. Mon désir de rédiger un portrait de ce créateur provenait d’une envie de découvrir un homme qui a beaucoup à dire sur la mode, pour une simple raison : il fut un témoin privilégié de son temps. Il était là lorsque les designers de prêt-à-porter commencèrent à sérieusement défier les couturiers à la fin des années 60. Il était là lorsque la Studio 54-mania influença la mode et la société dans les années 70. Il était là, bien sûr, aux côtés de Lagerfeld, lorsque Chanel devint un phénomène dans les eighties. Et avec son propre label, il a dû affronter les difficultés qui rongent nombre de designers aujourd’hui.

Pour être honnête, j’étais censé interviewer Dufour pendant deux heures. Mais il contait si généreusement ses anecdotes, et il était si drôle à écouter, que j’ai décidé d’étaler cet entretien sur deux mois.


Gilles Dufour
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