Jean-Paul Gaultier réveille Blanche Neige
par Elisa Morère publié le 3 septembre 2008
Le 25 septembre, en première mondiale, la Biennale de la danse de Lyon présente en clôture le spectacle « Blanche Neige », imaginé par le chorégraphe Angelin Preljocaj et costumé par Jean-Paul Gaultier. Une rencontre artistique comme une évidence, mais aussi comme une déflagration, tant le travail de l’un prolonge celui de l’autre.
Au XXIe siècle, ne figurons-nous pas toutes dans le conte de « Blanche-Neige » ? Les plus jeunes comme les anciennes belles, celles qui tueraient pour stopper les premières rides dans leur miroir quand la beauté a plus de passé que d’avenir. C’est ce thème très actuel qui a fait craquer le chorégraphe Angelin Preljocaj lorsqu’il a relu les contes de Perrault. Les 26 danseurs de sa compagnie font vivre cette histoire, vieille comme le monde, sur une musique de Gustav Mahler. L’affiche, sublime, montre une femme nue plongée dans un bain de pommes aux couleurs du vin… ou du sang. Le talentueux chorégraphe d’origine albanaise (élevé dans le Val-de-Marne) a judicieusement choisi de confier les costumes de son ballet au seul couturier qui, à ses yeux, pouvait en nouer le fil. Jean-Paul Gaultier, qui a travaillé sur les costumes de scène de Madonna, mais également durant dix ans (1983-1993) sur ceux de la chorégraphe Régine Chopinot, a accepté avec enthousiasme. « Je ne travaille qu’avec les gens que j’admire. C’est un luxe », avoue-t-il à la presse. Amoureux du travail de l’autre, de la personne, enchanté jusqu’au ravissement, le couturier adore uniquement ceux qui lui permettent d’évoluer. Il est, lui aussi, un des maîtres majeurs dans sa discipline. Pour leurs costumes, de nombreux artistes font appel à sa virtuosité, à son imagination, à son sens du théâtre. Madonna, par exemple, symbolisait la postlibération de la femme, et il avait alors imaginé des seins agressifs… « des seins qui tuent », dit-il !
Cette fois, il a plutôt travaillé des costumes de danse qui n’en sont pas. Des suggestions historiques plutôt qu’un plagiat d’une époque, esquissant les codes des contes. Par petites touches, il les a modernisés, synthétisés, et a surtout adapté ses créations aux mouvements des danseurs. Ce duo Gaultier-Preljocaj n’a pu fonctionner qu’après bien des ajustements. Car si le chorégraphe a précisément tracé pour le couturier les contours de l’histoire, des décors, avec une Blanche-Neige bien plus intéressante à ses yeux qu’une Cendrillon, il a bien fallu ensuite que Jean-Paul Gaultier fasse marcher son imagination pour coller à l’esprit féerique et romantique voulu. « Les costumes sont le prolongement du mouvement, une dynamique esthétique », précise le chorégraphe. Ainsi la méchante reine, d’allure un peu trop cocotte de cabaret au goût de Preljocaj, est-elle devenue nettement une reine de manga. Elle porte un ensemble sexy, qui lui colle au corps, fait de cuissardes, bustier et couronne légère sur bonnet noir, le tout relevé d’une jupe de feu et de cendres superbe. Belle à faire peur ! Jean-Paul Gaultier a en revanche tenu bon sur son idée de légère crinoline immaculée, portée lors de la scène du bal par Blanche-Neige. Pendant les essayages, il était nerveux comme un gamin à son premier examen. Il a fait, défait, refait. Car, même pour les plus grands, les premières idées ne sont pas toujours les bonnes. Finalement, Jean-Paul Gaultier, que l’on n’attendait pas dans le registre Cabinet des fées pour ses collections, a proposé cette année des effets de princesses et reines. « Dans Preljocaj, on entend cage… » glisse-t-il, cabotin. Et ce « Caj » qui lui a pris la tête durant des mois s’est vite transformé en vraies cages, crinolines, protections, structures, autour des vêtements ! Comme pour confirmer que les artistes fonctionnent par imprégnation. Et si maintenant, Jean-Paul Gaultier demandait à Angelin Preljocaj de chorégraphier ses défilés ? Ne serait-ce pas fantastique comme un conte…
Du 25 septembre au 4 octobre 2008
Maison de la danse, 8 avenue Jean-Mermoz, Lyon 8e.
www.biennale-de-lyon.org
Et ensuite à Paris,
Du 10 au 25 octobre 2008
Théâtre national de Chaillot.
www.theatre-chaillot.fr
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