Jil Sander à la croisée des chemins
par Elisa Morère publié le 2 septembre 2008
L’actualité se bouscule chez Jil Sander, dont le destin bascule une nouvelle fois cette semaine entre New-york et Tokyo. Si une adresse a été inaugurée il y a quelques jours à peine à New York, un flagship pas comme les autres, une nouvelle annonce vient s’intercaler depuis hier : en effet, la marque vient tout juste d’être rachetée par le groupe japonais Onward Holdings Co. pour 167 millions d’euros, ce qui aura sans aucun doute un impact sur son avenir et sur celui de son équipe. La griffe quitte l’investisseur Change Capital Partner pour rentrer dans le giron d’un puissant groupe de luxe déjà licencié de Marc Jacobs, John Galliano et Antonio Marras.
À New York, la toute nouvelle boutique ( il y a 62 points de vente dans le monde) repose sur un concept de shopping plus intériorisé, un concept subtil réservé aux initiés. Il est signé Raf Simons. Ce véritable trublion belge venu à la mode par hasard, a su s’y faire un nom et une réputation. A la suite de ce rachat, va-t-il continuer à assurer la direction artistique de Jil Sander ? Depuis 2005, le créateur lui a réellement redonné un coup de pep’s. Après avoir longtemps collé aux formes pures, sans excès, rectilignes – et même parfois un peu raides – de la grande dame allemande de la mode, il a trouvé l’exact équilibre entre sa propre énergie et le dépouillement de Jil Sander. À l’aube de l’hiver, il a forgé une collection de noirs très noirs, seulement surlignés de blanc. Ces manteaux coupés au cordeau, ces fins pulls qui montent, qui montent, ces jupes taille basse aux coutures nettes, ces cuirs qui craquent en douceur… tout cela défile littéralement au rez-de-chaussée de la nouvelle boutique du sud de Manhattan. Une boutique modèle. D’abord parce que les shoppeuses invétérées ne verront plus rien de la rue, ou seulement si les stores sont ouverts – et ce, au gré des humeurs de la direction de la boutique. Le rez-de-chaussée devient vitrine et l’on peut ainsi faire travailler son imagination. Après avoir passé la petite armée de mannequins présentant les dernières tendances, rendez-vous à l’étage. 600 m2 sont censés offrir « une alternative à la conception classique du shopping, un sas entre l’extérieur et l’espace propre d’une boutique de luxe », affirme Raf Simons. Côté décor, c’est l’artiste néerlandaise Germaine Kruip, l’une des vedettes du salon d’art contemporain londonien le plus jet-set du monde, le Frieze, qui a conçu les lumières en mouvement, les miroirs pivotants brisés, qui réfléchissent l’espace mais surtout intriguent la visiteuse quand elle se voit apparaître et disparaître tout à coup. La mode a ce flair extraordinaire d’être ouverte aux artistes les plus talentueux. Lors de la dernière édition, grâce à 250 lampes pilotées par ordinateur, la plasticienne avait fait passer un nuage de lumière au-dessus des têtes de Madonna, Hedi Slimane ou François Pinault ! Marbres blancs de Carrare, acier ciré, plafonniers de Serge Mouille, Corian dans les cabines d’essayage et de rares notes de couleurs contribuent à créer dans ce vaisseau de New-York cette pureté abstraite et cette élégance minimaliste chère à Jil Sander et à ses fans.
Jil Sander. Downtown New York,
30 Howard Street (at Crosby Street) 10013 New York, NY.
Tél. +1 212 925 2345.
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