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L’amour en cage chez Chaumet

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par Elisa Morère publié le 30 septembre 2008 1 commentaire(s) 1

© Chaumet

Les salons dorés du premier étage du prestigieux joaillier de la place Vendôme servent d’écrin à 150 bijoux. Les plus anciens, jamais vus, sont prêtés par des collectionneurs privés, des musées, des fondations. Leurs ornements murmurent ces langages mystérieux tissés entre amoureux au fil du temps. Un catalogue retrace l’histoire de ces messages éternels.

L’amour n’est pas toujours enfant de bohème. Sous les lambris princiers de la maison Chaumet, les plus belles pièces joaillières sont certes des gages d’amour mais aussi les témoins du goût et de la puissance. Le 3 octobre prochain, le joaillier propose une lecture du sentiment amoureux à travers les époques autour de ces 150 pièces. Leurs formes symboliques, narratives, affectueuses, précieuses, dévoilent modes et langages. Diana Scarisbrick, historienne du bijou, et Béatrice de Pinval, conservateur du musée Chaumet ont opté pour une narration chronologique au travers d’œuvres impressionnantes. Le plus touchant, c’est d’admirer des joyaux toujours éclatants d’or et de diamants comme au premier jour. Ils dévoilent trophées, blasons, des émaux étincelants, des mots doux gravés et des secrets au creux d’un boîtier lilliputien. Ces joyaux ont survécu tandis que le nom de l’être aimé s’est perdu dans la nuit des temps.

Le parcours s’ouvre sur quatorze bijoux Renaissance – époque où la France inventait les fioritures du langage amoureux. Pendentifs, chaînes et bagues exécutés en or émaillé démontrent que l’antique ressuscite à travers Cupidon et Vénus. Cœurs, nœuds et mains jointes, parfois articulées, figurent les serments. La fidélité est symbolisée par le chien ou la paisible tourterelle. Le myosotis que les Anglais et les Allemands ont baptisé « Forget me not » (ne m’oubliez pas) fleurit modestement. La méticulosité, la préciosité des motifs sont extraordinaires, comme sur ce pendentif en forme de vaisseau, sur lequel Cupidon bande son arc. Ce cadeau royal de la reine Elisabeth 1re , qui vient juste de torpiller l’Armada espagnole, sort pour la première fois de son coffre anglais. Elle a fait ce présent à son cousin préféré : Lord Hunsdon. Curieuse pièce également que ce camée qui, peut-être, signifie « prudence et passion » : Cupidon y est aux prises avec un coq réveillant des amants au lever du jour… Ensuite, au XVIIe siècle, les symboles associent amour et mort ou religion. Des cœurs pleurent des diamants, des bracelets, pendentifs et médaillons renferment une mèche de cheveux de l’être aimé, ou son portrait miniature, à la manière des reliquaires. La bague de mariage de Marie de Modène avec James II d’Angleterre en 1673 est composée d’une fine bride articulée en or scandée de rubis facettés.

Ces joyaux ont survécu tandis que
le nom de l’être aimé
s’est perdu dans la nuit des temps.

Le XVIIe siècle est celui de l’amour amusé, complice, libertin. On offre des masques de carnaval montés en boucles ou en broches. Pierrot fait un clin d’œil. On laisse aussi éclore un amour fleur bleue sur les étuis et les tabatières avec tourterelles à foison et jeunes femmes sacrifiées sur l’autel de l’amour. L’antique a toujours inspiré les artisans qui renvoient Cupidon en mission, toujours flanqué de son arc et des flèches. Il est omniprésent, portant la torche de l’hymen, décochant ses traits avec précision. Un pendentif émaillé serti de diamants met en scène notre dieu de l’amour assis sur un tonneau avec l’inscription « Sans Bacchus, l’amour est glacé ». Temps qui file et sentiments sont liés. Des montres parfois montées en bagues proclament : « J’aime à toute heure » ou encore « l’amour fait passer le temps joyeusement ». Les messages tendres prennent parfois la forme de rébus comme ce « LACD » (Elle a cédé) en roses de diamants porté sur un anneau couvert de plaquettes de nacre sur lesquelles on peut également déchiffrer la mention « Amour veille sur elle ». Le siècle des Lumières voit aussi la naissance de Chaumet qui présente son travail le plus ancien : une boîte à souvenirs où figure la jeune marquise de Lawoestine morte à 23 ans, fille de Madame de Genlis réalisée par Nitot – fondateur de Chaumet – en 1789. Au siècle suivant, on ne badine plus avec l’amour. Mariage et famille passent avant tout. Napoléon et le romantisme offrent des messages plus étudiés. Ainsi, cette paire de bracelets créée par Nitot pour l’impératrice Joséphine dont les pierres précieuses composent en lettres les prénoms de ses enfants, Eugène et Hortense (ce bijou est issu des collections royales du Danemark).

De nouveaux motifs symboliques apparaissent au XIXe, comme le serpent enroulé en cercle parfait, emblème de l’amour infini. Mais aussi la pensée, le lierre et le myrte qui incarnent l’éternité. La fin du siècle souligne encore un peu plus l’importance du mariage par de multiples anneaux et bagues. Chaumet s’offre une section entière de sa propre exposition. Depuis sa naissance au XVIIIe siècle en effet, la maison a su interpréter comme aucune autre le bijou sentimental, notamment à travers une symbolique naturaliste. On peut donc voir cette superbe médaille de mariage en émail et diamants Belle Epoque au décor de jardin où glisse un cygne sur un lac. Le cygne étant l’emblème de Vénus. Puis d’autres clins d’œil sont apparus comme la toile d’araignée, les gouttes de rosées symboles du frisson… Juste retour de flamme, la nouvelle collection de joaillerie de Chaumet s’inspire de cette époque sur le thème du « Grand Frisson » en 30 créations qui évoquent le coup de foudre, la puissance des sentiments. Une collection dévoilée en avant-première lors de l’exposition…

Du 3 octobre au 7 novembre,
12 place Vendôme, 75001 Paris
Du lundi au samedi, de 11 heures à 18 heures.


Musée,Paris,Joaillerie,Chaumet
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Dominique

le 15 octobre 2008 10h49

Très belle exposition pleine de charme et de raffinement comme Chaumet en a le secret ( je pense à celle consacrée à Napoléon amoureux en particulier). On voudrait (presque)tout citer. Deux bémols : les bijoux modernes exposés dans une petite salle attenante et qui sont affligeants. Peu d’ inventivité et de grâce mais plutôt le coté "lourdingue "et tape à l’oeil qui prédomine. Quelle dommage de penser qu’il y a une clientèle …et derrère elle toute une société.. Enfin un catalogue qui aurait gagné en simplicité. Il est particulièrement pesant,son format n’est pas plaisant et du coup son prix (45 euros) est dissuasif. Dominique

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