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La robe de mariée,

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par Faustine de Volanges publié le 10 juin 2008

© Lanvin

La cérémonie traditionnelle de mariage avec son sempiternel défilé en grosse meringue a tout de la tarte à la crème : lourde et indigeste. Dégoulinant d’une piété souvent feinte et d’un amour familial criblé de rancœurs. Nombre de gourmets se limitent donc aujourd’hui à sa version light : le PACS (Pacte civil de solidarité, 90 000 contrats conclus en 2007), ou se déclarent vite écœurés, délient leurs liens sacrés et jettent le bébé avec l’eau du bain. Pour le meilleur et pour le pire, les futurs ex-jeunes mariés scellent alors leur désunion au cours d’une « divorce party » façon Sodome et Gomorrhe, où l’alcool remplace avantageusement les hectolitres de crème au beurre.

À l’ère du zapping, le mariage devient un produit jetable comme les autres, l’exemple étant donné au sommet de l’État lorsque Nicolas Sarkozy épouse en troisième noce Carla Bruni, 3 mois à peine après s’être séparé de Cécilia. Benoît XVI peut s’en désoler, le mariage n’est décidément plus ce qu’il était. D’après l’INSEE, l’institution enregistre un recul d’année en année, avec 260 000 cérémonies en 2007 contre 300 000 en l’an 2000.

Cette évolution de l’homo sapiens contemporain n’a pas échappé au regard décillé du malicieux Alber Elbaz. Après avoir réalisé des robes de mariage pour une poignée d’heureuses élues, amies et clientes, le directeur artistique de Lanvin a officialisé ce printemps, sa liaison cachée avec le « Bridalwear », en livrant sa toute première Collection Blanche - plus exactement « blanche, ivoire, coquille, poudre, grège et platine ». À l’abordage ! Sus au conformisme ! Le choix de teintes semi virginales, dans toutes leurs subtiles nuances, est bien la seule concession d’Elbaz aux saints commandements de la cérémonie matrimoniale.

« Tongue-in-cheek », la mise en scène du catalogue de la Collection Blanche donne la juste mesure du regard frais, irrévérencieux et radicalement moderne que pose Elbaz sur l’institution. Devant un fond peint, comme dans le studio d’un photographe de la plus kitsch espèce, la mariée rit, danse, grimace et se hisse sur la pointe des pieds, plus agitée en ce jour solennel que le pire des morveux hyperactifs. Monsieur, lui, s’est tout bonnement absenté, et lorsque, enfin il prend part au cliché, déposant les armes, un genou à terre, ravagé par le charme de sa dulcinée, lui tendant un bouquet … il ose - le gredin !- paraître à ses yeux en baskets et jean. Pourtant, point d’entourloupe, pas de piètre pitrerie à l’horizon. Car éphémère ou éternel, l’amour mérite un emballage de choix : soie, faille lavée, tulle de soie, taffetas, dentelle et mousseline, les matières les plus nobles se côtoient dans la Collection Blanche. Madame les vaut bien. Plaçant son humour là où il faut, Alber Elbaz sort donc encore une fois des sentiers battus en proposant à chaque femme, fantasque, bohème, globe-trotteuse impénitente ou workaholic cramponnée à son BlackBerry, le vêtement qui lui siéra. Pas même nécessairement une robe : outre la forme hyper tendance de la robe bulle (plus « fashionista pointue » que meringue ratatinée) et une charmante cascade de volants de tulle esprit années 20 « dansons-le-charleston », le directeur artistique de Lanvin a mis au point un trench-coat, un caftan, une combi pantalon de harem, ou encore un cardigan de mariée. On pourrait du coup imaginer de porter certaines pièces lors d’une autre occasion : à son prochain mariage, lors d’une soirée, voire au quotidien, à condition toutefois, étant donné le luxe des matières et les couleurs claires, de s’identifier plus facilement à Carla Bruni-Sarkozy qu’à la protagoniste de la série « Mariés, deux enfants ». L’espérance de vie conjugale allant s’amenuisant, contrairement à celle de la population, l’investissement (de 1 995 à 6 990 euros) s’en trouverait ainsi amorti. Eh oui ! La raison a ses raisons que le coeur ne connaît pas. Mais la beauté d’un vêtement intemporel qui sublime la silhouette et illumine le teint, elle, est éternelle.

En vente à la boutique Lanvin,
22, rue du Faubourg Saint-Honoré, Paris VIIIe.


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