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Le dernier coup de théâtre
de Saint-Laurent

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par Anne-Cécile Sanchez publié le 29 septembre 2008 1 commentaire(s) 1

Babylone - Salon de Musique

Avec la mise en vente de la collection qu’il a constitué avec Yves Saint Laurent, Pierre Bergé veut « réveiller le marché de l’art parisien ».

Sur un mur du salon, un portrait en médaillon d’Ingres voisine avec un Cézanne et un Picasso. Sur les guéridons, signés Rateau et Ruhlmann, des pièces d’orfèvrerie du XVIIe siècle. Dans la salle à manger, un ensemble de dix-huit chaises italiennes rococo, en bois sculpté et doré, font cercle autour d’une table Arts déco. Toiles de maîtres, meubles recouverts de galuchat ou d’ivoire, objets en vermeil, tapisseries préraphaélites : pendant des années, Yves Saint Laurent et Pierre Bergé ont composé une collection inouïe, qui constituait le décor quotidien de leurs appartements de la rue de Babylone et de la rue Bonaparte. Du 23 au 25 février prochain, la mise aux enchères par Christie’s, avec la maison de vente Pierre Bergé & associés, de quelque 700 œuvres de cette collection, fera l’événement dans le monde de l’art.

Il n’y aura pas une, mais cinq ventes et autant de catalogues, tant cet ensemble est riche et éclectique. La passion d’Yves Saint Laurent et de Pierre Bergé ne connaissait en effet aucune limite : elle va de l’Antiquité aux maîtres de l’art moderne – Picasso, Matisse, Mondrian, Brancusi, Ensor… –, fait des détours par la Renaissance, le rococo italien et l’orfèvrerie allemande, s’attarde au XIXe et s’emballe pour les Arts déco du XXe siècle, Eileen Gray, Jean-Michel Frank, Gustave Miklos… Certaines des pièces qui passeront sous le marteau en février prochain, acquises lors de la vente de la collection de Jacques Doucet en 1972, ont aujourd’hui une aura légendaire. Plusieurs, qu’il s’agisse d’un déjeuner chinois en porcelaine de Sèvres du XIXe, d’un dessin de Jacques-Louis David ou d’une toile de Matisse, sont de qualité muséale. À l’exception d’Alain Tarica et des Kugel, leurs marchands de prédilection, Pierre Bergé affirme qu’ils ne fréquentaient pas tellement les galeries. « Nous achetions aux enchères parfois, aux particuliers également. Nous avions besoin d’un dialogue. » L’un des frères Kugel raconte ainsi comment Yves Saint Laurent, dans un état de nervosité visible, en pleins préparatifs de défilé, franchit le seuil de leur galerie alors située rue Saint-Honoré : « Il est reparti calmé, avec deux ou trois choses dans les poches. » Pierre Bergé se souvient d’avoir une fois réfréné l’enthousiasme de son compagnon : « Je lui ai dis, “Yves, tu sais, on ne va pas chez les Kugel comme on va à Prisunic.” » Pourquoi avoir choisi de vendre ? Bergé, qui affirme n’en avoir jamais parlé avec Saint Laurent, estime que le feu des enchères est la seule façon de consumer une collection élaborée avec « violence et passion ». Pourquoi vendre à Paris ? Pour « réveiller le marché parisien » assure l’homme d’affaires. Et nul doute que celui qui avait « caressé le rêve de faire un grand Drouot » éprouve aujourd’hui un certain plaisir devant l’ampleur prise par cette vente événement, qui se tiendra au Grand Palais.

Le produit des enchères, estimé très raisonnablement par Christie’s entre 200 et 300 millions d’euros – mais qui pourrait atteindre le double –, Pierre Bergé entend l’employer à une Fondation dédiée à la recherche et à la lutte contre le sida. Et à ceux qui s’inquiètent du dépouillement de son appartement, il répond, rassurant : « Je ne me meublerai ni en Ikea ni en Habitat. »


Paris,Yves Saint Laurent,Pierre Bergé
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valois

le 1er octobre 2008 18h45

Excellent article, bravo au journaliste forcément très bien renseigné… mais surtout au goût actuellement dépecé de ce grand homme qu’était YSL.

Un admirateur.

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