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Les joyaux Buccellati prisonniers au Kremlin

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par Elisa Morère publié le 29 septembre 2008

Rose-cut necklace

À partir du 25 septembre prochain, il faut bien une forteresse moscovite pour enfermer 147 des plus beaux joyaux de la collection privée de la famille de joailliers milanais, les Buccellati. Des pièces dignes d’un roi ou d’un tsar. Le Beffroi de la cathédrale de l’Assomption semble tout indiqué pour servir de coffre-fort. Après tout il a été construit par un compatriote italien, Aristotile Fioravanti, à la demande d’Ivan le Terrible. L’histoire se déroule en 1543 et lorsque le malheureux voudra retrouver le soleil de son pays, Ivan Le Terrible le clouera au fond d’une geôle pour l’éternité ! Souhaitons que la collection Buccellati ressorte donc comme prévu le 10 janvier 2009.

La tentation de la gloire et de l’éternité guette forcément un joaillier tel que Buccellati qui œuvre en dehors des sentiers battus. Si l’exposition est phénoménale c’est que le nom est associé à un des derniers grands orfèvres du monde. Son histoire remonte à près de 250 ans et a croisé la grandeur des Visconti, des Sforza et des d’Annunzio. Aujourd’hui, Gianmaria, le patriarche, « coud » au petit point chacune des pièces uniques sorties de ses ateliers. Il y a eu avant lui son père, Mario. Demain, sans doute son fils Andréa qui, s’il est cité comme l’auteur de quelques bijoux, s’efface derrière le père pas encore prêt à poser le crayon.

Gianmaria Bucellati a le goût de la démesure et de la munificence au grand désespoir de ses directeurs du marketing qui n’arrivent pas à lui faire réaliser deux fois une même bague. Le marketing est inconnu du patron qui ne surfe pas sur le goût des clients, ne crée pas de série, travaille à l’inspiration. Quatre à cinq fois l’an il se lâche sur des objets d’apparat à 900 000 euros… qui n’ont pas vocation à être vendus, telle la collection Smithsonian : 20 pièces somptueuses destinées seulement à être exposées. Parfois, de beaux objets sont visibles chez des particuliers… dont le Vatican propriétaire d’une vaisselle en or.

Buccellati est une manne pour les grands musées du monde qui disposent d’une salle des Ors - le musée Poldi Pezzoli de Milan - ou d’une salle des Orfèvres - le Palazzo Pitti de Florence. En effet, Gianmaria Buccellati leur fait régulièrement don de pièces rares, incroyables. Comme Mario avant lui, Gianmaria ne se prive de rien. Quand il a une idée en tête, un dessin à accomplir, les diamants deviennent rivières, l’or et l’argent coulent à flots, les perles sont aussi nombreuses et sauvages sur un collier que dans l’océan. L’orfèvre déploie une imagination si poétique et débordante qu’on oublie qu’il faut une fortune pour acquérir un seul de ses trésors. Des pétales précieux éclosent autour d’une montre, un papillon encore pris dans sa chrysalide forme le fermoir d’un bracelet. Le tour de main est prodigieux, la technique surréaliste car ancienne, presque perdue. Le maillage imbriquant argent et perles dans un esprit baroque, les constellations de pierres précieuses de couleur sur une manchette que l’on dirait sortie du coffre de Lucrèce Borgia, les dentelles d’une finesse arachnéennes sur des parures de reines, la somptuosité ici le dispute au merveilleux.. Le public moscovite - et vous aussi si vous passez par là - devrait en tomber du beffroi avec ravissement.


Musée,Joaillerie,Buccellati
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