Silence… Maison Martin
Margiela a 20 ans !
par Elisa Morère publié le 12 septembre 2008
Le designer le plus discret de la planète mode a érigé l’anonymat en vertu. Et la remise en cause des codes acquis en religion. Derrière les coups d’éclat provocateurs, qui firent frémir d’horreur certaines rédactrices de mode à ses débuts, se cache un travail expérimental avant-gardiste très rigoureux, qui interpelle toujours les acteurs de la mode. La monographie actuelle organisée au MoMu d’Anvers, pour le vingtième anniversaire, de Martin Margiela offre l’occasion de revenir sur un parcours atypique.
Martin Margiela fait partie du Groupe des Six d’Anvers, venus bousculer les idées reçues à la fin des années 1980, et où se croisent notamment Dries Van Noten, Ann Demeulemeester ou Walter Van Beirendonck. Après des études à la très novatrice Académie d’Anvers, de 1985 à 1987, Martin Margiela collabore avec Jean-Paul Gaultier, le créateur le plus courtisé du moment. Puis il lance sa Maison en 1988, avec Jenny Meirens. Son premier défilé ne passe pas inaperçu. Margiela bouscule les codes du power dressing des années 1980, proposant, à rebours, une silhouette élancée aux épaules étriquées (remember les rembourrages de l’époque, qui faisaient des épaules de camionneur !). Il travaille autrement, préfère les esquisses à l’abouti, les coutures bien visibles, une construction et des volumes apparents. Et afin d’affirmer mieux sa différence, il n’hésite pas à organiser ses défilés dans des endroits improbables. L’image de rédactrices de mode hagardes, en talons aiguilles, venues assister à un défilé dans un terrain vague, restera à jamais dans les annales du genre. Sa vision quasi radiographique du vêtement et son refus du star-système créent le mythe. Il ne vient jamais saluer sur le podium et l’anonymat est devenu sa marque de fabrique – aucune photo de lui ne circule et il n’y a pas d’interview autre que par écrit, et au nom de sa Maison. Même ses collections sont étiquetées à sa façon (0-23, par exemple). Et c’est ainsi que Maison Martin Margiela est devenu le chouchou de la fashion planète.
En 1997, il accepte d’être le créateur des collections féminines Hermès. Un coup de poker audacieux de Jean-Louis Dumas, qui préside alors aux destinées de la marque. Une alliance incroyable et productive entre une grande maison ultraclassique et ce créateur inclassable. Martin Margiela s’adapte, sans renier ses convictions. Lui qui prône inlassablement le blanc, symbole de la pureté, – même ses vendeurs portent une blouse blanche – va jusqu’à se mettre à la couleur.
Le musée de la Mode d’Anvers expose donc Maison Martin Margiela du 12 septembre au 8 février 2009. On y scrutera sa déconstruction du vêtement, l’usage qu’il fait de matériaux de récupération sans valeur initiale. Sa façon de montrer au grand jour les fioritures d’un vêtement offre une vision très _différente de ce que l’on a l’habitude de voir… et de porter. L’exposition aborde les différents thèmes et concepts explorés en vingt ans par Maison Martin Margiela, à travers les collections, la manière de concevoir un défilé ou les événements de la mode, l’aménagement de magasins – 32 à ce jour –, de bureaux et cette stratégie de communication si particulière. La scénographie de l’exposition a été confiée à Bob Verhelst, qui a travaillé de nombreuses années pour la Maison Martin Margiela, et qui la connaît donc sur le bout des doigts. Il ne pouvait évidemment que proposer une lecture conceptuelle, pour coller à ces codes et au langage esthétique. Enfin, notez sur vos tablettes ce cadeau : une série de produits en édition limitée sera vendue à l’accueil du musée durant l’exposition.
Du 12 septembre au 18 février,
MoMu (Mode Museum, musée de la Mode de la province d’Anvers),
Nationalestraat 28, B-2000 Anvers.
Tél. +32 (0)3 470 27 70.
www.momu.be
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