Sneakers Delight
par Faustine de Volanges publié le 30 juillet 2008
Les baskets, synonymes d’une apparence négligée, de décontraction et de rébellion adolescentes ? Dans les soirées hype, Kanye West et Pharrell Williams les marient sans complexe à un smoking. Mais pour le citoyen lambda, porter des chaussures de sport lors d’une visite d’appartement est encore un facteur discriminant. Pourtant, s’il s’enquérait du prix de ces accessoires griffés, le propriétaire peu avenant serait plus que rassuré quant à la solvabilité de son futur locataire. Preuve que les baskets sont sorties du ghetto des terrains de sport, et se taillent une place de choix dans l’univers de la mode citadine, les maisons de luxe intègrent régulièrement des sneakers dans leurs collections, de Chanel à Maison Martin Margiela, en passant par Louis Vuitton ou Pierre Hardy. Depuis les lignes de Stella McCartney, de Yohji Yamamoto pour Adidas et d’Alexander McQueen pour Puma, le mariage est consommé. Le vénérable Victoria & Albert Museum inaugurera même Fashion V Sport, une exposition dédiée à leurs amours, le 5 août prochain. Cerise sur le gâteau, la récente nomination d’Hussein Chalayan au poste de directeur artistique de Puma promet de bien beaux enfants. Les nouvelles fonctions du designer, qui dessinera à l’automne 2009 la ligne Sportfashion de l’équipementier sportif, s’accompagnent réciproquement d’une prise de participation majoritaire de ce dernier dans la marque éponyme du Chypriote. Pour justifier ce rapprochement, la direction de PPR, groupe auquel appartient Puma, évoque « l’approche inédite des nouvelles technologies » dont fait preuve Chalayan. Ce dernier se réjouit d’avoir les moyens « d’expérimenter de nouveaux projets, à la fois pour Puma et pour les lignes Hussein Chalayan ». Plus qu’un mariage de raison, cette nouvelle alliance mettrait-elle à jour de véritables liens du sang, avec la rencontre des membres d’une même famille de pensée ? Il semblerait que oui : dans l’esprit des trentenaires chic – la clientèle est surtout masculine – le sportswear est un mode de vie, une attitude acquise dès l’enfance. Une évidence.
Le monde du luxe, loin d’intimider ces bobos cool, qui ne regardent pas trop à la dépense est un terrain familier. Ils ont souvent goûté aux marques dès le berceau. Fondateur de la marque Feiyue (baskets en toile inspirées de chaussures d’arts martiaux chinoises), le Français Patrice Bastian est un sneaker addict assumé : « J’ai 37 ans et je continue à en porter. Les gens qui ont aujourd’hui entre 30 et 40 ans sont très attachés à la culture baskets. C’est lié à des souvenirs précis, et à une attitude commune à cette génération. Parfois, je me fais plaisir en m’achetant une très belle paire, comme celle de Maison Martin Margiela, il y a quelques années, réplique d’un modèle porté par l’armée autrichienne dans les années quatre-vingt. » Il y a un an de cela, la maison Céline a contacté Patrice pour lui proposer une collaboration. Ainsi est née la Feiyue by Céline : « C’est une façon pour ces marques de luxe de s’adresser à une clientèle plus jeune ou plus branchée », commente-t-il. « Le modèle est en vente au prix de 125 euros, soit deux fois plus cher que les Feiyue classiques, en raison de l’ajout de nombreux éléments, comme des plaques métalliques… De façon générale, les baskets des marques de luxe sont chères car elles sont faites dans de très beaux matériaux. » 290 euros pour une paire de tennis en veau velours et tweed noir et blanc chez Chanel… De 290 à 325 euros pour chausser de véritables petites merveilles de design, dorées ou gansées de cuir coloré, signées Pierre Hardy… 370 euros pour des sneakers montantes en toile damier, et 385 euros pour le modèle « Intriguant » en cuir de veau, chez Louis Vuitton…
Et après ? Osons dire que le phénomène ne fait que commencer. La plupart des ados ne savent plus porter des chaussures en cuir, et se sont habitués à des prix souvent conséquents. Ces madeleines de Proust pour post-adolescents ont donc de beaux jours devant elles !
_ Exposition Fashion V Sport
du 5 août au 23 novembre
V&A Museum, Londres
www.vam.ac.uk
Innovation : Tag Heuer passe des montres au téléphone
Sonia Rykiel,
Marithé + François Girbaud :

