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Gilles Dufour : Le Joyeux Mercenaire

Par Stéphane Gaboué
Gilles
Une photo dédicacée de sa niece Victoire de Castellane, défilant ici pour la collection Chanel été 1994, une des favorites de Gilles Dufour.

Chanel

Dufour avoua qu’il n’avait pas eu de « vrai emploi stable » avant que Lagerfeld ne lui demande d’intégrer la maison Chanel. Lagerfeld avait montré sa première collection en janvier 1983, avec Hervé Léger comme directeur de studio. Dufour remplaça Léger dès le second show, et le succès fut immédiat. « J’ai vraiment beaucoup aimé travailler avec Karl », dit Dufour avec enthousiasme. « Il était fascinant, très drôle, rapide, et il a cette immense culture. Il est vraiment extraordinaire. Avec lui, les idées fusent ! Il est capable de dessiner une collection en 10 minutes. J’ai appris énormément avec lui ».

Sur son propre rôle, Dufour expliqua : « J’étais le Prince Consort chez Chanel. Je disposais de tout ce que je voulais. Nous avions d’énormes budgets. Mais nous travaillions sans cesse. Je faisais les recherches de tissus, de couleurs, je travaillais sur les sacs… Je m’occupais particulièrement de la maille et des twin-sets gansés. J’assistais aussi Karl chez Fendi, la maison italienne de fourrure. Nous faisions donc souvent la navette entre Rome et Paris en avions privés ».

J’étais bien entendu curieux de connaître les ingrédients de la potion magique qui a fait de Chanel une force de mode dans les années 80. Mais je fus surpris de constater que Dufour avait oublié plusieurs détails de cette époque. « Vous savez, nous travaillions énormément. Nous n’avions pas le temps de nous replonger sur le passé. Karl nous enseigna une chose géniale : une fois une collection terminée, on se concentrait immédiatement sur la prochaine ».

En dehors du génie de Lagerfeld, Dufour pense qu’une large part du succès de Chanel est aussi dû à son studio de création, que le milieu surnommait à l’époque le « Magic Studio ». Il n ’y avait que des filles dans le staff de Dufour, des filles qu’il sélectionnait personnellement pour leurs talents, mais aussi pour leurs styles personnels, leurs beauté naturelles, et leurs bonnes manières.  « Je suis exigeant, mais j’aime travailler en harmonie et dans la bonne humeur. Et ces filles ont apporté de la vie à la maison. Ce sont d’ailleurs toutes devenues des stars », observa-t-il, en faisant référence à Sofia Coppola, Victoire de Castelklane, et Vanessa Seward.

Dans "The Beautiful Fall", le livre controversé d’Alicia Drake sur la rivalité entre Yves Saint Laurent et Karl Lagerfeld, Dufour affirme avoir apporté de la sensualité au travail de Karl Lagerfeld. Il lui fit en tout cas partager son œil coquin : il avoue avoir une fois puisé son inspiration dans la boutique new-yorkaise de la très camp Patricia Field.

Lorsque je lui ai demandé quelle fut sa collection favorite chez Chanel, il avoua avoir particulièrement aimé la collection été 1994, dans laquelle les top-models arboraient des vestes en tweed gansées de scoubidous, et des bretelles siglées Chanel.

Avec Versace, Chanel est en effet une des maisons qui a le plus promu les top models. Dufour était en charge des castings, et en cela, il a eu un rôle-clé dans la mode à cette époque. « Je les ai toutes connues », dit–il, citant Inès de La Fressange, qui était « drôle et intelligente », Claudia Schiffer, dont la beauté de poupée lui rappelait sin icône Brigitte Bardot, Naomi Campbell, une amie et une fille "très forte", et Kate Moss, qui avait tellement de style qu’elle choisissait toute seule ce qu’elle porterait sur le podium. Il note aussi qu’il mettait un point d’honneur à embaucher des mannequins de toutes origines. Il aimait particulièrement les américaines noires Beverley Peele et Brandi Quinones, et il a encore des souvenirs indélébiles de la Française Mounia. « Elle était toute petite, mais faisait vivre un vêtement comme nulle autre ».

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