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Gilles Dufour : Le Joyeux Mercenaire

Par Stéphane Gaboué
Gilles
Gilles Dufour, photographie près des Champs-Elysées pendant son service militaire dans la Marine

Une enfance choyée

Gilles Dufour est né à Lyon à une date qu’il refuse de dévoiler –c’est pourquoi plusieurs événements racontés ici ne seront pas datés ; mais je suppose qu’il doit être né à la fin des années 40 ou au début des années 50. Il a grandi dans le cocon privilégié et bourgeois du 16ème arrondissement, où son père, un agent de change, s’installa avec sa famille.

« Mon rêve d’enfant était de devenir trapéziste », se souvint-il avec nostalgie « J’ai toujours admiré leur sentiment de liberté, et leur capacité à s’élancer dans les airs ». Le cirque fut en fait un élément important de ses premières années. En effet, pour le récompenser de ses bonnes notes, son père avait pour habitude de l’y emmener avec son meilleur ami, Jacques Grange.

Après les spectacles, les deux enfants rentraient à la maison pour dessiner des cirques. Grange, qui est depuis devenu un décorateur de renom, se concentrait sur les décors, tandis que Dufour dessinait les costumes.

Ce fut un des premiers indices de la future carrière de Dufour. Il manifestait également un grand intérêt pour l’univers féminin. « J’adorais voir ma mère habillée pour sortir le soir », se remémora-t-il, montrant une photo de sa mère dans une robe en faille grise de Christian Dior. Et j’ai toujours apprécié les femmes à forte poitrine. Mon icône absolue est Brigitte Bardot. »

Côté études, Dufour, qui a fréquenté le fameux lycée Janson de Sailly, se définit comme un élève médiocre : « Je’ n’étais bon qu’ 'en dessin, en français, et en langues. J’ai même obtenu 1,5/20 en mathématiques à mon baccalauréat. » Le père de Dufour remarqua le talent de son fils pour le dessin, et lui planifia donc une carrière de commissaire-priseur. Le jeune Gilles entama des études de droit et s’inscrit à des cours de sciences politiques et de philosophie. Il prit également des cours de théatre avec la professeure russe Tanya Balachova. «  Ca m’a beaucoup aidé. Ca m’a permis de m’ouvrir aux autres », dit-il.

Dufour se souvient en effet avoir été un jeune homme très introverti. « Je ne ressemblais à personne d’autre », dit-il, en ajoutant que son entourage comparait son physique androgyne à celle du turbulent acteur défunt Pierre Clémenti. « J’étais un minet du Drugstore. Je m’habillais chez Renoma, avec des vestes et pantalons étroits, à la Hedi Slimane ». Mais il allait bientôt troquer cette panoplie fashion, contre les uniformes de la Marine, qu’il dût intégrer dans le cadre de son service militaire. Il termina d’ailleurs cette période en tant que décorateur des bureaux d’engagement de la Marine. A la fin de cette aventure, Dufour retourna à ses premières amours : le dessin. Il fut d’ailleurs accepté à la très sélective école des Arts décoratifs (sur 1200 candidats, seuls 80 étaient retenus).

Il rencontra ensuite Yves Saint Laurent et Pierre Bergé, dans l’espoir d’obtenir un emploi dans leur maison, mais ils recherchaient un designer plus senior. Il débuta sa carrière de mode auprès d’André Oliver et Piere Cardin.
Dufour voulait à l’origine devenir costumier de théâtre, mais la vie l’avait fait toucher à divers domaines. Une rencontre allait bientôt avoir une influence majeure sur sa carrière future.

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