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EN ATTENDANT
HEDI SLIMANE
par Stéphane Gaboué
Le designer Hedi Slimane © YR

Ce jour de mars 2007

Si  Jacques Dutronc rencontrait mon ami Jean François Lautard, un jeune professionnel de la mode spécialisé en marketing,  il lui demanderait certainement  combien de Ron Ron il consomme au Drugstore. Avec son  visage enfantin et son allure branchée,  Lautard incarne en effet un certain type de Parisien moderne, à la lisière entre le coquet et le négligé, le masculin et le féminin, l’habillé et le sportif, le bourgeois et le rocker.
 Ce titi se démarque encore plus par ses conversations téléphoniques, au cours desquelles il partage ses avis passionnés et ultra-lucides sur la mode.

Mais  le 29 mars 2007, son très matinal  appel avait un ton particulièrement  maussade. « Je ne sais pas quoi dire… Je suis perdu… » prononça –t-il sombrement. Il réagissait ainsi à une nouvelle redoutée par l‘industrie de la mode depuis un an, mais que personne ne croyait vraiment possible. Et pourtant, elle le fut : Hedi Slimane quittait Dior Homme.

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Lautard n’était pas seul dans son désarroi en ce fameux jour de mars. Murphy Tansipek, un architecte manillais de 35 ans, se sentit « déçu » après avoir pris connaissance de la nouvelle sur internet. Kenzo King, étudiant londonien de 18 ans en école de mode, s’est dit « outré qu’un tel innovateur décide d’abandonner sa création ». En fait, pour la plupart des personnes conscientes de l’importance de Slimane dans la mode masculine, cette nouvelle eut l’effet d’un coup de massue.
 « C’était la fin d’une époque », se remémora Lautard en avril dernier, confortablement installé dans son appartement ascétiquement meublé -et donc slimanesque. « Avec  son départ, c’est toute une génération qui perdait ses repères».
 
Cela fait maintenant un peu plus d’un an que ce tout-puissant designer a quitté l’auguste maison Dior, suite à  des désaccords avec LVMH (propriétaire de Dior), concernant la création d’un label Hedi Slimane, où il aurait également dessiné des vêtements féminins.

Depuis,  le Belge Kris Van Assche, ancien assistant de Slimane, a présenté deux collections pour la marque  Dior Homme, accueillies plutôt tièdement par la presse. Slimane, quant à lui, n’est guère resté oisif : il a voyagé aux Etats-Unis, exposé ses photos dans des capitales européennes, et sporadiquement shooté des séries mode pour  des magazines branchés. Sur son site internet, il tient un journal photographique. Il accorda même quelques interviews dans lesquelles  il laissait présager un retour imminent dans le monde de la mode. Et pourtant, aucune de ces activités ne semble avoir tempéré le houleux débat déclenché par son départ de chez Dior. En privé ou sur les forums de mode en ligne, les discussions vont bon train sur le futur de Slimane, et de la mode en général. Mais quelles furent les réelles conséquences de ce divorce ultra-médiatisé sur les fans de Slimane et l’industrie de la mode ?