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En attendant Hedi Slimane

par Stéphane Gaboué
En attendant Hedi Slimane
Final du défilé Dior Homme pour l’automne-hiver 2003-2004

L'héritage de Hedi

Ces vives réactions à un changement de la garde dans une maison de mode pourraient facilement être interprétées comme un de ces excès  pour lesquels les dramas queens de la mode sont réputées. En effet, comme l’affirme Gert Jonkers, rédacteur en chef des très cultes magazines masculins Fantastic Man et Butt : « Le monde de la mode est fait de dramas, et le départ de Hedi est précisément le genre de dramas qui font tourner cet univers ». Mais nous n’étions pas ici face à un « drama » ordinaire. Dior s’était séparé d’un homme rare à bien des égards : l’étendue de sa vision,  son côté protéiforme, l’exceptionnel tombé de ses vêtements, et le phénomène culturel qu’il déclencha. « Grâce à lui, toute une génération de mecs est élégante dans les rues de Paris », déclare Liana Soulie, bookeuse à l’agence de mannequins Success, qui collaborait souvent avec Slimane. Elle fait certainement allusion aux costumes rigoureusement taillés, aux smokings, aux jeans slims, et aux looks de rockers qui constituent aujourd’hui des pivots de garde-robe pour des branchés comme Lautard, mais aussi pour une horde de Messieurs-tout-le-monde.

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Si le style de Slimane était partout, c’est très certainement parce qu’il était lui-même partout. En effet, ce perfectionniste notoire dessinait les collections et boutiques Dior Homme, effectuait des castings sauvages (une activité qu’il appelait « boy safari »), shootait les campagnes de publicité, supervisait les lancements de parfums et de produits de beauté, organisait des installations d’arts, photographiait des groupes de rocks, et, je suis sûr, choisissait le genre de papiers qui était destinés aux photocopieuses de ses bureaux. Et tout ce qu’il touchait se transformait promptement en or, laissant ainsi un indélébile éclat sur son époque.
 
« Il a construit un univers créatif tout entier. C’était une sorte d’utopie globale, comme au temps du Bauhaus, où les gens voulaient changer le monde », explique Almine Rech, propriétaire de la galerie d’art parisienne éponyme où Slimane expose ses œuvres d’art.
« Pour moi, Slimane a « hétéroisé » la mode », avise Lautard, qui possède environ 20 pièces Dior Homme. « Avec ses vêtements, vous étiez un homme, sans équivoque. Il créa un fort désir pour la marque à travers des pièces de podium portables ». Puis il ajouta : « l’idée derrière elle était portable ».

Cette idée, l’idée de base de Slimane, était judicieuse et claire. Il a compris que costumes irréprochables et influences de la rue formaient un exquis cocktail de mode. Son accent porté sur une silhouette mince et érotique donna une unique saveur à cette recette. Il saupoudra le tout de références au rock et à la vie nocturne. Puis ce fut l’explosion.