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Couverture du livre Luxe & Co
Comment les marques ont tué le luxe
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ÉPISODE 3 : Luxe & Co. L’apparition des stylistes


par Carla Zanetti

Vous avez découvert ces dernières semaines les deux premiers épisodes de la saga Luxe and Co, ce livre choc qui met en lumière les zones cachées de l'univers du luxe. Voici le troisième épisode, en exclusivité pour Prestigium. Il raconte comment une poignée de stylistes ont accédé elles aussi au statut de stars.

L’apparition des stylistes

L’apparition des stylistes est un phénomène relativement récent dans la mode. À l’origine, leur tâche consistait à habiller – ou « styliser » – des mannequins pour les séances photos de magazines et des catalogues. Mais, dans les années 1990, avec l’explosion du nombre de rendez-vous mondains, les stylistes repérèrent un nouveau créneau : habiller les célébrités. Ils se mirent donc à leur compte et exercèrent leur talent sur les tournages, les plateaux télé et auprès des stars de la chanson. Comme l’explique  Rachel  Zoe, le travail du styliste consiste à « tout » faire : courir les magasins, imaginer les tenues, organiser les séances d’habillage, créer un look cohérent qui refl ète l’image de la star, ou l’image qu’il ou elle veut faire passer auprès du public. Quand une vedette se lance dans une tournée de promotion, le styliste compile un carnet de tenues complètes prises au Polaroïd – « du soutien-gorge aux chaussures », précise Zoe – accompagnées de notes indiquant quel ensemble porter à quelle occasion, ainsi que les changements à apporter en fonction de la météo. « Les actrices ont beau être belles, elles ne savent pas s’habiller », indique Kelly  Cutrone, fondatrice de  People’s Revolution, l’entreprise de relations publiques spécialisée dans la mode. « Il faut leur apprendre à prononcer le nom des couturiers – Gi-ven-chy, pas Ga-vin-chee –, à enfiler une robe – C’est le dos ou le devant ? – et à marcher dans les chaussures. Elles sont complètement dépassées. Et c’est là qu’interviennent les stylistes : ils jouent le rôle qui incombait autrefois aux studios. »
Ils finirent d’ailleurs par acquérir une telle réputation qu’ils devinrent eux-mêmes des stars de la mode. En 1998,  Jessica Paster se fi t un nom aux  Oscars en habillant deux nominées pour le Second Rôle féminin : Kim  Basinger, qui apparut dans une robe de bal  Escada en taffetas de soie pistache, et Minnie  Driver dans un fourreau Haston en jersey rouge sang assorti d’une étole de fourrure. Quand Kim  Basinger remporta l’Oscar pour son rôle dans L.A. Confi dential, la cote d’Espada – et de  Paster – s’envola. Depuis,  Paster a pris en charge Cate Blanchett, Uma  Thurman, Naomi  Watts, Joan  Allen et Kate  Beckinsale.
Reconnaissable à sa taille (1,93 mètre) et à ses cheveux de jais, L’Wren  Scott, la petite amie de Mick  Jagger, est un ancien mannequin qui commença par collaborer avec Helmut  Newton et Herb  Ritts. Son style sophistiqué et très haute couture reste plus proche de l’aspiration que de l’accessible. Nicole  Kidman est sa cliente la plus importante, mais elle conseille également Marisa Toemi et Sarah Jessica  Parker. Quant à Phillip  Bloch, un ancien mannequin reconverti lui aussi dans le stylisme, il connut le succès grâce à la tenue de Halle Berry aux  Oscars de 2002 : une robe du soir légère bordeaux dont la jupe évoquait un sarong, signée Elie  Saab, le créateur libanais encore relativement peu connu à l’époque. Un choix qui propulsa simultanément Berry, récompensée par l’Oscar de la Meilleure Actrice, au firmament des personnalités les mieux habillées, et Elie  Saab
à celui des grands couturiers parisiens…  
…. En 2005, quand j’avais croisé  Rachel  Zoe à la Suite Jimmy  Choo du Peninsula, elle était sans doute la styliste la plus demandée du moment. Son fichier clients ressemblait à la rubrique mondaine du New York Post : en plus de Salma  Hayek et de Julie  Delpy, elle s’occupait de Lindsay  Lohan, Nicole Ritchie, Mischa  Barton et Jessica  Simpson. Certaines ne manquaient pas de style et avaient simplement besoin d’être encadrées. D’autres exigeaient un bilan complet : un nouveau look total, parfaitement lissé.  Zoe s’y emploie pour 6 000 dollars par jour, transformant des accros du T-shirt et du jean en gravures de mode de luxe. « Ces filles sont prises en photo quand elles vont dîner », explique  Zoe. « Elles sont prises en photo quand elles vont déjeuner. Elles sont prises en photo dès l’instant où elles mettent un pied dehors le matin, jusqu’à ce qu’elles se couchent le soir. » Comme le fi t remarquer le créateur new-yorkais  Michael Kors : « Les paparazzi n’ont jamais autant compté qu’à notre époque. Un grand nombre de femmes se tiennent au courant de la mode en feuilletant les tabloïds. Grâce à [Rachel], ces fi lles sont fascinantes et magnifiques, même quand elles courent prendre un café chez Starbucks. » L’influence de  Zoe devint si grande qu’à l’été 2006 on retrouva certaines caractéristiques de son style dans les défilés des marques de luxe. Elle a également une multitude de fans. Au défilé parisien haute couture  Armani, une fille debout derrière moi s’était exclamée : « C’est  Rachel  Zoe ! » lorsqu’elle avait vu la jeune femme entrer précipitamment à la dernière minute. « C’est la meilleure styliste actuelle de Hollywood ! » avait-elle ajouté en haletant. À certains défilés, on lui demande même des autographes.

A suivre…
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