Yves Saint Laurent et le mannequin Mounia en 1979.
- Introduction
- L'Amérique et la question noire
- L'âge d'or des mannequins noirs
- Quel futur pour les mannequins noirs ?
L'Amérique et la question noire
En fait, pour comprendre (en partie) l’engouement d’Yves Saint Laurent et de toute une génération de designers pour les mannequins noirs dans les seventies, il est nécessaire de se repencher sur les bouleversements sociaux qui ont secoué l’Amérique au cours des deux précédentes décennies. Car c’est dans ce pays que le phénomène «Black is Beautiful » a connu sa genèse, avant de s’étendre à l’Europe.
Ce mouvement pro-black résultait du mécontentement des Noirs américains qui, après avoir souffert de l’esclavage, subissaient encore une scandaleuse discrimination. Celle-ci s’étendait même au milieu de la mode, où les mannequins noirs étaient pendant longtemps confinés aux magazines afro-américains. « J’ai grandi dans le New Jersey, et dans les années 50, je ne voyais que des mannequins noirs, dans Ebony, un magazine pour les Noirs », se souvient d’ailleurs Stephen Burrows, le très respecté designer noir américain qui connut son heure de gloire dans les années 70.
Les choses prirent un tournant différent dans les années 60, avec la lutte pour les droits civiques, et l’émergence de figures comme Martin Luther King et Malcolm X. « C’était une époque anti-colonialiste et anti-ségrégationiste, et les gens voyaient à la télé ce que les policiers faisaient aux Noirs dans le Sud du pays» raconte Steele. « Tout ceci a considérablement changé les mentalités ».
On peut donc déduire que ce climat de revendications a offert un contexte favorable à la naissance de mannequins noirs cultes : Naomi Sims, de l’agence de Grace Wilhelmina, fit la couverture du New York Times en 1966 ; Donyale Luna, une métisse qui prétendait venir de la lune, illumina la couverture du Vogue britannique de sa beauté astrale. Quatre ans plus tard, Beverley Johnson était en une du Vogue Américain.
Pendant que l’Amérique tentait de résoudre ses problèmes raciaux, la France, malgré son histoire coloniale controversée, n’avait pas à affronter de forts mouvements pro-black. Car les années 60 correspondaient à une ère de post-indépendance plutôt optimiste en Afrique (cette époque, bien révolue, fut baptisée « indépendance cha cha »), et les immigrés noirs était relativement rares. La vogue des Noires fut donc exportée par les Américains.








