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Robert Frank et Sophie Ristelhueber, documents d’artistes au Jeu de Paume

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16.02.2009 | 11h37 | par Anne-Cécile Sanchez

L’ombre de Walker Evans plane sur le Jeu de Paume, qui expose parallèlement l’œuvre de Robert Frank et celle de Sophie Ristelhueber, deux façons de transcender le genre documentaire. Sophie Ristelhueber cite les historiens de l’Antiquité Lucrèce et Thucydide en exergue de son travail sur la guerre, et commente pour nous : « Les hommes ne changent pas beaucoup, mais ils sont toujours là. » Robert Frank, lui, a croisé la route de ses contemporains Jack Kerouac et Allen Ginsberg. Il y a cinquante ans, il posait sur les Américains un regard curieux et distancié, celui d’un Suisse immigré aux États-Unis, encore sous le coup de la découverte. Comme Walker Evans, qui lui sert de modèle, Robert Frank aime l’Amérique sans être aveugle à ses faiblesses. À Paris, en 1949, c’est plutôt Baudelaire qui inspire ce flâneur armé d’un Leica et fasciné par les scènes de rue. Ses deux séries, « les Américains » et « Paris » sont présentées côte à côte et sont complétées par une programmation de films. Les gens, la mémoire… À l’étage, le travail de Sophie Ristelhueber prend d’abord la forme de décors nus, plus ou moins marqués par la guerre. Immeubles éventrés, murs criblés de balles, arbres calcinés, paysages encombrés de ferraille, défigurés par des tranchés ou simplement obturés par un mur, une frontière matérialisée par des blocs de pierre. Pas de présence humaine ici, uniquement les traces laissées par des années de conflit, la destruction ou la construction d’obstacles. De formation littéraire classique, la photographe a commencé par accompagner, micro à la main, des enquêtes sociales. « Là, j’ai compris que je ne serai pas le James Agee de Walker Evans », sourit-elle. Les images remplacent donc les mots, de Beyrouth à la Cisjordanie, pour témoigner des faits. Cela ne va pas, parfois, sans prise de risques. Mais « sans doute, comme artiste, suis-je moi aussi en guerre », affirme Sophie Ristelhueber, qui reconnaît le danger et assure : « Je ne suis pas courageuse pour autant. »

« Robert Frank, un regard étranger »
« Sophie Ristelhueber »
Du 20 janvier au 22 mars 2009.
Mardi (12 heures à 21 heures), mercredi à vendredi (12 heures à 19 heures), samedi et dimanche (10 heures à 19 heures).
Jeu de Paume
1, place de la Concorde, 75008 Paris
01 47 03 12 50
www.jeudepaume.org


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