05.05.2010 | 15h12 | par Anne-Sophie Berbille
Ce week-end avait lieu la 25e édition du Festival de la mode d’Hyères, qui s’est clôturé dimanche soir. L’occasion de donner la possibilité à des jeunes créateurs d’émerger et de se faire connaître auprès des professionnels du secteur. « Nous leur donnons les moyens de pouvoir présenter leur première collection, de fabriquer leurs prototypes, d’avoir des mannequins à leur disposition et de prendre en charge l’intégralité de leur séjour à Hyères », déclare Jean-Pierre Blanc, fondateur et directeur du festival. Un festival réputé, qui avait déjà révélé des talents comme Gaspard Yurkievich, Felipe Oliveira Baptista ou encore Anthony Vaccarello, bientôt vendu chez Colette. Bref, un vrai tremplin pour les lauréats souvent courtisés par les chasseurs de têtes qui rôdent, attentifs et prêts à repérer le grand de demain. Dix créateurs, représentants différents pays (Belgique, Mongolie, France, Autriche, Royaume-Uni, Pays-Bas, etc.), ont été sélectionnés parmi plus de 300 dossiers. À la question « Quels sont les critères de sélection ? », Jean-Pierre Blanc répond sans ambiguïté : « Le jury est très favorable aux cartes blanches et ne veut pas enfermer les créateurs dans des critères trop rigides. Il faut pouvoir être subjectif. Souvent d’ailleurs ce sont des choix à l’unanimité. »
C’est la jeune Tsolmandakh Munkhuu, d’origine mongole qui s’est vue remettre le prix du Public de la ville d’Hyères, pour sa collection femme « Magie noire ». Tsolmandakh Munkhuu a grandi en Mongolie et travaille aujourd’hui à Paris. Sa collection est très largement influencée par l’univers des steppes, une synthèse réussie entre certains éléments de la culture bouddhiste appliqués à des vêtements contemporains. Entre influence gothique et traditions mongoles, Tsolmandakh a présenté des femmes loup nomades habillées de noir, déterminées dans leur démarche, aux visages entièrement grimés…. de noir, avec un sens certain de la mise en scène qui avait fait d’elle l’une des favorites du festival.
Mais la grande gagnante de cette 25e édition, c’est Alexandra Verschueren, une jeune Belge, qui a remporté le Grand Prix du jury L’Oréal professionnel, pour sa collection femme intitulée « Médium ». Le prix lui a été remis par son compatriote et président du jury Dries Van Noten, pour qui elle avait déjà travaillé lors de sa collection Automne-Hiver 2006-2007. Récemment diplômée de l’Académie royale d’Anvers, cette créatrice de 22 ans a proposé une collection fraîche, colorée et graphique. Un défilé peut être en apparence un peu trop sage, trop simple, sans grande prise de risque. Mais Alexandra Verschueren ne joue pas sur l’effet ni sur l’émotion. Elle s’applique à proposer une silhouette nouvelle avec des coupes à la fois délicates et complexes dans leur structure.
Un travail millimétré pour une collection cohérente, qui signe l’aboutissement d’une démarche créative poussée. Alexandra Verschueren a été très tôt inspirée par l’artiste allemand Thomas Demand, ce maquettiste et sculpteur d’objets en papier et en carton, qui l’a fortement influencée dans son travail. « Tout est réel jusqu’à un certain point », disait-il remettant en cause la trop grande véracité accordée aux images. Leur point commun ? Cette quête du passage entre le vrai et le faux à travers le papier, métaphore de l’artificialité, qu’elle place au centre de sa réflexion. À l’instar des origamis japonais, elle a effectué tout un travail de découpage, et de pliage autour des volumes. Résultat ? Des robes en papier comme un patron inachevé, une cape structurée autour d’une succession d’origamis, une veste qui joue le structuré-déchiré avec un jeu de micropersiennes en denim ou un manteau aux manches volumineuses qui laissent entrevoir la peau.
La lauréate s’est vue remettre une bourse de 15 000 € offerte par L’Oréal professionnel, qui mettra de plus à sa disposition son académie du 14, rue Royale, pour réaliser son futur défilé. « Je ne pense pas le mériter, nous a-t-elle confié très émue, les larmes aux yeux. Je n’aurai jamais pensé qu’il était possible d’être sélectionnée pour ce prix, je ne sais pas pourquoi le jury m’a choisie plutôt qu’un autre, tout le monde a fait du bon travail. » Malcolm McLaren, membre du jury in absentia, aurait certainement été d’accord avec ce choix, qui a récompensé là une grande sensibilité architecturale. À suivre.
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