11.02.2010 | 16h09 | par Guillaume de Piédoüe
Le grand pianiste et chef d’orchestre Daniel Barenboïm a donné cette semaine l’intégrale des concertos de Beethoven à Paris, dans une série de trois concerts très attendus. On sait qu’avec le compositeur romantique le maître est sur son terrain. Il a déjà enregistré quelques-unes de ses versions de référence ; son allure pantagruélique, dévorant concert après concert dans le monde entier, et sa boulimie de travail le situent dans la droite lignée des grands Beethovéniens. Moins attendu en revanche, Barenboïm a décidé d’adjoindre une œuvre de Schönberg à chacune des trois soirées de représentation des concertos. En particulier « Les Variations » et « Pelléas et Mélisande ». Le choix est audacieux, car si les concertos sont dans toutes les mémoires et ouvertes à tout public, les œuvres du compositeur du début du XXe sont encore difficiles d’accès, dissonantes, violentes. Mais Beethoven et Schönberg partagent la prouesse d’avoir révolutionné, chacun à leur époque, la musique de leur temps. Le premier a transcendé l’héritage de Mozart (le cheminement est visible du 1er au 5e concerto) et ouvert la voie à la musique romantique. Le second a transcendé celui de Wagner, marquant la musique du XXe siècle.
Les concertos sont menés de main de maître. Barenboïm est accompagné par l’orchestre de la Staatskapel de Berlin (dont il est devenu chef à vie en 2000), avec lequel l’osmose est visible. Le chef dirige depuis son piano. Il guide les cordes et vents de la main droite tandis que la main gauche termine un mouvement. Il libère les deux mains pour nuancer un passage de violoncelle et retombe massivement sur le clavier. Un dialogue rarement aussi abouti entre le piano et l’orchestre, qui donne toute sa force à un genre que Beethoven a beaucoup théorisé. Barenboïm pianiste excelle avant tout dans les moments lyriques, il donne à entendre le 2e mouvement largo du 3e concerto avec une émotion remarquable où sa maîtrise des silences subjugue. Pour autant, les mouvements allegro trouvent souvent la force exigée par Beethoven mais n’y parviennent pas à chaque fois. Si le premier mouvement du concerto n° 5, « L’Empereur », est exécuté avec une vigueur inouïe, on ne peut pas en dire autant de l’allegro con brio du concerto n° 3, l’un des plus beaux mouvements de ces pièces, qui manque du brillant épique qu’il peut déployer.
Au-delà de ces faiblesses, dues probablement à la boulimie du maître, Barenboïm donne à voir un vrai Beethoven, balayant chacune des nuances du sentiment humain avec autant de conviction, déployant les notes de tous les instruments au bout de ses mains. L’orchestre fait homme.
_ Prochain cycle de concerts de Daniel Barenboïm
« Récital Chopin », lundi 15 et mardi 16 février, 20 heures
Salle Pleyel
252, rue du Faubourg-Saint-Honoré, 75008 Paris
www.sallepleyel.fr
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