09.10.2009 | 10h53 | par Jean Paul Cauvin
À voir le décor dressé au Grand Palais, on aurait pu croire que Chanel était littéralement « sur la paille ». Bancs de planches brutes et podium où trônait un assemblage de bottes sous un toit d’étable laissaient présager une partie de campagne pendant les rogations. Mais Karl Lagerfeld, en creusant son thème, a transformé sa présentation et incite davantage à se rouler dans le foin d’une fête country. À y regarder de plus près, on réalise que son fenil est inspiré de celui de Marie-Antoinette dans le Hameau de la reine au Petit Trianon. La remarquable bande-son alterne guitare électrique et musique classique, un orchestre en live aux accents de folk musique émerge spectaculairement du sol, à mi-défilé, sous un dais champêtre (avec Lily Allen au micro) et le finale réserve une musique signée Michael Nyman avec le fameux basson baroque de « Meurtre dans un jardin anglais ».
Par-delà la brillante mise en scène, on trouve là la plus intelligente interprétation des tendances de la saison : tons ivoire, chair, noirs métallisés, robes courtes volantées favorisant les ruchés, accessoires en rabane et en paille, incrustations de dentelles, guipures et passementeries, broderies, appliqués et imprimés bucoliques de fleurs des champs, traités ici avec l’incomparable chic Chanel. L’effiloché apparaît sur le tweed de la fameuse veste, les bracelets s’émaillent de pâquerettes, les cloutés à gros talon compensé des années soixante-dix se parent d’un coquelicot, une veste se brode d’épis de blé en fil d’or. Tout appelle à délier les cordons de sa bourse pour acquérir des pièces suscitant un irrépressible désir, faisant un sacré pied de nez à la crise.
L’allure ? Des chignons à la Bardot des années soixante, mèches décoiffées encadrant le visage, avec une fleur des champs piquée çà et là, induisent un frémissement hippie chic et donnent un coup de jeune à l’ensemble. Les bas se parent d’un trompe-l’œil de ruban lacé de spartiate et confèrent un porté novateur à la sandale à haut talon de la saison. Deux libertines et un rocker se jettent dans le foin, et confirment ainsi nos soupçons sur le genre de flirt auquel venaient de se livrer les filles qui sortaient de la meule centrale. Même si cela n’a pas semblé déplaire à Rihanna ni à Prince, venus assister à cette universelle récolte de luxe, certains esprits puritains ont bien dû murmurer un « Shocking ». C’est pourtant en conservant un esprit bien français que Chanel a conquis le monde. Cocorico !
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