10.07.2009 | 12h12 | par Jean Paul Cauvin
Voir le défilé Chanel Haute Couture Automne Hiver 2009-2010
Les formes des quatre flacons placés au centre du Grand Palais étaient indubitablement Chanel. Carrés, le mythique flacon et le podium tranchaient avec la rotondité de la verrière au crépuscule d’une journée d’été, dans une lumière située au-delà de l’espace-temps. Quel point commun entre le fameux « N° 5 » et ces pans libres flottant à l’arrière de toutes les silhouettes vues ici : des tailleurs de jour comme des robes du soir, doublées parfois du même tissu, parfois d’un autre, parfois brodées, parfois dorées, parfois contrastant carrément avec la couleur extérieure, parfois plus longues, jamais plus courtes ? Évidemment, le sillage. Lorsque l’on croise une femme, c’est son sillage qui prolonge sa présence, son sillage qui reste, son sillage dont on se souvient. C’est sans doute sur cette empreinte éminemment féminine que Karl Lagerfeld a voulu insister pour revenir aux sources de Coco, galvaudée à ses yeux sur le petit et le grand écran ces derniers mois. Certaines tenues brodées d’or et de pierreries n’insistent-elles pas, avec leurs motifs quasiment techno, sur la contemporanéité de la force féminine, rendue plus présente encore par la trace voletant dans l’air derrière elles ? Les chapeaux cloches transparents, voilant de noir le visage, appuyés sur le haut du crâne et s’évasant jusqu’à mi-joue, scellent graphiquement le secret de chaque personnalité, comme le bouchon protège le contenu du sobre flaconnage. Dès lors, toutes les femmes peuvent se rêver en Chanel, écrin au caractère de chacune, signature de suprême élégance.
Toutes les femmes peuvent se rêver en Chanel, écrin au caractère de chacune, signature de suprême élégance.
Les plus discrètes pencheront pour ce long manteau couleur de nuit, dont le rabat apparaît progressivement à mesure que l’on remonte vers le col, les plus audacieuses opteront pour ces mousselines noires réunies dans une longue traîne à l’arrière d’une jupe arrivant à mi-mollet, les plus mystérieuses aimeront cette doublure rouge arrondie sur le long pan dévoilé à l’arrière d’un fourreau bleu marine. Le cadre grandiose du Grand Palais ne rend pas justice aux finitions des ateliers de la rue Cambon. Il faut voir ces pièces exceptionnelles de près pour en admirer toute la ruse, s’extasier sur ce manteau brodé, entièrement découpé de bandes en U sur les manches, admirer certaine carrure arrondie soulignée pour mieux comprendre les subtilités de ce vocabulaire de chic. Il est des maisons où l’on ne semble pas se plaindre de la crise, où elle aurait rapporté davantage de clientes, perdues par d’autres noms. Chanel semble être de celles-là, surtout en haute couture. Dès lors, était-il besoin de présenter un défilé aussi spectaculaire alors que tant d’autres optaient pour des salons plus intimes ? La question se pose… À moins que ce ne soit pour mettre à nouveau en avant le parfum phare de la maison et inviter ainsi plus de femmes encore à s’approprier un peu de rêve pour communier, par l’olfaction au moins, avec le plus accessible des luxes maison.
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