14.01.2009 | 13h51 |
par Juliette Michaud
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La façade se lézarde, derrière le décor glamour des 66eme Golden Globes, qui viennent de sacrer le film Slumdog Millionaire, avec Kate Winslet, (récemment invitée dans les pages de Prestigium : voir notre article "La mode vue par Kate Winslet" du 26 novembre 2008). Les paillettes palissent et les régimes secs ne sont plus toujours prônés par des coach hors de prix. Tour de piste d’un rêve en crise. Vous connaissiez la A-list d’Hollywood, cette liste spéciale VIP des soirées mondaines incluant les stars les mieux payées du monde. En période de crise, cette A-list devient celle des happy few qui peuvent encore acheter… à la B-list ! Voilà ce que révèle une compagnie de prêt sur gage ultrachic de Beverly Hills ; la maison Beverly Loan, autoproclamée « prêteur des stars », est envahie selon elle par un déferlement de clients aisés. Ceux-ci viennent soudain mettre, en cachette, leurs possessions au clou, dissimulés derrières des lunettes noires plus grandes que jamais, afin de maintenir leur train de vie. Rolex, diamants Tiffany, tableaux de Chagall ou de Lichtenstein, appartenant à des personnalités souvent connues, trouvent ainsi une seconde vie inattendue… Des objets rachetés ensuite par les très grosses pointures qui peuvent toujours faire des folies, mais en évitant de les payer au prix fort dans les magasins de luxe. Inutile de dire que les boutiques chics avoisinant Rodeo Drive, cruellement touchées par le manque de clientèle, n’apprécient guère ce tour de passe-passe !
Le magazine « Forbes » a publié les noms des acteurs surpayés au regard de ce qu’ils rapportent : Tom Cruise, Cameron Diaz, Nicole Kidman… figurent sur cette infamante X-list.
Et dire que l’on croyait la Mecque du cinéma à l’abri du séisme économique. Le public ayant plus besoin que jamais d’évasion, de comédies réconfortantes et de grandes stars en ces temps difficiles, Hollywood aurait dû être une fois encore préservé. C’est en partie vrai, les résultats du box-office de Noël 2008 ont été parmi les plus spectaculaires de l’histoire de Hollywood ! Désireux d’oublier l’anxiété du quotidien, les Américains se sont réfugiés en masse dans les salles obscures. Mais ça, c’est côté façade. Côté jardin, partout où l’on se tourne, l’industrie du film subit les aftershocks de la récession et de la raréfaction du crédit. Désertion des banques, licenciements (doublés depuis 2007, et touchant particulièrement le cinéma indépendant), réductions des budgets pour les séries télé, diminution du quota annuel de films, sorties repoussées par souci d’étaler les coûts marketing faramineux et de se préserver les recettes les plus juteuses pour 2009 (le prochain « Harry Potter » est reporté de novembre à juillet…).
Spielberg lui-même, victime entre autres de l’arnaque Madoff, doit se battre pour qu’on lui prête de l’argent. Une bagatelle, 250 millions de dollars qui manquent à son énorme pacte passé avec un investisseur indien. Lequel veut bien donner 500 millions de dollars pour aider Steven Spielberg à faire renaître son studio DreamWorks de ses cendres, mais à condition qu’il en éponge d’abord lui-même les dettes. Ajoutez par là-dessus la peur d’une grève des acteurs, qui gèle les tournages : après celle des scénaristes, l’an dernier, elle serait terrible pour l’économie locale. Par mesure d’anticipation, Schwarzenegger, après avoir évoqué une faillite possible de l’État californien, a encore baissé les impôts pour les films tournés sur place. Et tout cela alors que les touristes désertent les parcs d’attractions.
À une heure de Los Angeles, dans la San Gabriel Valley, les cow-boys en seraient réduits à laisser mourir leurs mustangs faute de pouvoir les nourrir. On achève mal les chevaux et le rêve américain rend l’âme…
Bref, la planète Hollywood est très chamboulée par l’actualité et elle découvre les joies du régime sec, sans protéines ni coach particulier ! En ces temps de chasse au gaspi, même les superstars de la fameuse A-list, aux cachets allant de 15 à 30 millions de dollars par film, les Tom, Brad, Will, Julia, Reese… doivent s’accrocher ! Le magazine « Forbes » a publié les noms des acteurs surpayés au regard de ce qu’ils rapportent : Tom Cruise, Cameron Diaz, Nicole Kidman… figurent sur cette infamante X-list. D’autres prennent les devants. Interviewée récemment sur un tapis rouge, Rachel Weisz affirmait être prête à réduire considérablement son salaire pour s’adapter à la nouvelle donne. Et plus question de faire rêver le bon peuple en multipliant les caprices. Fini le temps où l’on exhibait son dernier yacht, collectionnait maisons et Ferrari, achetait pour son chihuahua un manteau pour chiens Swarovski à 15 000 $ (pauvre Paris Hilton). L’hebdomadaire « Newsweek » évoquait récemment le retour vers la discrétion sous un titre choc : « La honte du luxe ».
Car si les grosses fortunes grimacent… imaginez le sort des plus pauvres. Selon le « Los Angeles Times », chauffeurs de limousines et femmes de ménages feraient partie des victimes immédiates de la crise, et des échos tragiques parviennent des grands espaces californiens. À une heure de Los Angeles, dans la San Gabriel Valley, les cow-boys en seraient réduits à laisser mourir leurs mustangs faute de pouvoir les nourrir. On achève mal les chevaux et le rêve américain rend l’âme… Alors Hollywood, ville des excès s’il en est, culpabilise et s’adapte en catastrophe. Disney a modifié la fin de « Confessions d’une accro du shopping », jugée trop frivole dans la nouvelle conjoncture. Les studios ont envoyé leurs vœux par e-mail, moins cher que la poste, et les soirées changent de régime. « Vanity Fair » a annoncé que sa célèbre fête post-Oscars aurait une liste d’invités réduite et se déroulerait dans un décor recyclé. Et les Oscars eux-mêmes parlent d’une cérémonie plus resserrée, « dans un esprit de cabaret night-club », et ils ont choisi comme présentateur une star étincelante mais « affordable » : Hugh Jackman. Sera-t-il de bon goût de porter Valentino et Versace sur le red-carpet des Oscars, le 22 février, quand la mode n’est plus d’être fashionista, mais recessionista ? Michelle Obama a donné le ton, en arborant, pour ses apparitions télévisées, des tenues de chez J. Crew n’excédant pas 400 $.
Enfin, rassurez vous, toutes les paillettes ne sont pas remisées au placard. Hollywood est toujours Hollywood ! Dans les suites « cadeaux » des grands hôtels, les attachées de presse affûtent toujours leurs gift-bags. Et les stars peuvent encore parader, dans les robes prêtées par des griffes plus en quête de publicité que jamais. La saison des prix bat son plein, avec son habituelle avalanche de premières et sauteries extravagantes auxquelles participent toutes les plus grosses stars. Le champagne y coule toujours à flot et l’on ne sert pas de chips aux buffets ! La nourriture de luxe se sort même assez bien de la crise, mais l’on note que si les restaurants mode et toc n’ont plus grand monde sur leurs listes d’attentes, les vrais, bons restaurants affichent complet.
L’industrie va avoir besoin en 2009 de très, très gros succès, et si possible avec des films à petits budgets, frais et imaginatifs. Il faudra aussi prendre en considération le regain de popularité pour les comédies plus adultes, et féminines.
Autre paradoxe, alors que l’essence vaut de l’or, que l’industrie américaine de l’auto est en panne sèche, les énormes 4X4 pas écolos du tout continuent de pulluler dans Los Angeles. Plus étonnant encore, alors que les panneaux « À vendre » se multiplient, des immeubles se construisent partout. Un exutoire avant que la récession ne devienne dépression ou une anticipation de la reprise ? Nul ne sait. « La vérité, c’est que l’on ne connaîtra vraiment les effets réels de la crise à Hollywood que dans un ou deux ans, explique un executive de la Warner. Mais l’industrie va avoir besoin en 2009 de très, très gros succès, et si possible avec des films à petits budgets, frais et imaginatifs. Il faudra aussi prendre en considération le regain de popularité pour les comédies plus adultes et féminines. »
Moins de films… mais meilleurs ? Moins déprimants et, en plus, avec de vrais rôles pour les actrices ? Des Oscars plus intimes, mais plus festifs ? Des tapis rouges marqués par un respect renouvelé pour les sublimes créations des couturiers ? Des milliardaires moins arrogants, se rappelant l’existence des simples mortels ? On peut rêver. Mais peut-être, après tout, y a-t-il du bon dans la crise à Hollywood. Voilà en tous cas une attitude positive qui fera plaisir aux gourous zen de la ville, très en vogue en ces temps stressés…
calamity jane
le 19 février 2009 21h34
Holywood touché au coeur. Qui l’eut cru. Ces stars qui faisaient souvent preuve d’un total manque de goût vont apprendre la dure réalité de la vie. Question : des stars pauvres fascineront telles autant la presse people ?
Nathalie C
le 19 février 2009 09h50
D’autres articles sur Hollywood, sujet à dévorer par excellence, seraient appréciés ! le star system en dérive, une suite s’il-vous-plaît Juliette !
Nathalie Paracucchi
le 18 février 2009 20h53
ah, comme c’est inattendu, apprendre que les Stars ont aussi des "petits" soucis d’argent, mettre au clou son dernier Damien Hirst planqué derrière des grosses lunettes noires, comme nous on revend incognito sur e-bay nos cadeaux de Noël de mauvais goût, c’est quelque part rassurant ! La fascination pour Hollywood reste intacte, les Stars seront toujours des Stars, mais l’exagération dépensière est quelque part indécente, alors bravo Michelle Obama ! Et bravo à Juliette Michaud pour cet article qui remet les pendules à l’heure de la crise financière.
Bee
le 16 février 2009 18h24
Très intéressant : qu’en irait-il des acteurs français si l’on s’interrogeait sur leur "rapport qualité/coût" ?
stylistique
le 8 février 2009 16h31
Bonjour, Je me souviens d’un voyage dans l’ouest des USA ; souvenir somptueux lié aux paysages extraordinaire des grands parcs et canyons. Petit détour ensuite par la Mecque du rêve américain : LA et Beverly Hill, Holywood bien évidemment. 17heures en Juillet le long de Sunset Bd : face aux époustouflantes baraques et autres boutiques, la plage ; un côté promenade des Anglais en moins frenchie…Mais, tout à coup, le décor se lézarde : derrière les palmiers , bien à l’abri des regards, des sans abris en file indienne pour la soupe populaire…Déjà ! Bizarrement, me viennent à l’esprit les paroles de la chanson des Canuts "Et notre règne arrivera quand votre règne finira….." Les Canuts, c’était les Soieries Lyonnaises, notamment…..Désolée pour ce manque de tact…..
jane
le 26 janvier 2009 19h49
Article très interessant ; merci à la journaliste pour son regard actuel sur Hollywood .
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Pascale
le 5 juin 2009 01h30
les acteurs ont tellement tout accaparé qu’il n’est pas mauvais qu’ils lâchent un peu pour les autres.