Défilés homme automne/hiver 2010 : place aux intemporels
par Jean Paul Cauvin publié le 26 janvier 2010
Après quatre journées denses et recueillies de collections masculines sur les podiums parisiens, l’heure est au bilan. L’homme qu’ont fait défiler les créateurs pourra opter cet hiver pour le gris, en passe de devenir la nouvelle toile de fond de la garde-robe masculine. Les jerseys, feutres, flanelles, lainages rayés, chinés et même les popelines s’y prêtent bien pour la saison et semblent jouer avec les tonalités plombées du ciel et des toits parisiens. Les silhouettes souvent inspirées des années soixante se découpent dans ces tons subtils. Ce sont celles des « post-zazous » chez Kenzo qu’Antonio Marras remet au goût du jour concluant son défilé avec un attroupement, place des Victoires, autour d’un ensemble de DS Citroën conduites par des fans de Jacques Dutronc ou de Nino Ferrer, dans une atmosphère de film à la Jacques Demy. Ailleurs, on voit que Stefano Pilati (YSL) a fait des émules : l’ampleur de ses manteaux alliée à la coupe effilée de ses costumes gagne du terrain. On retrouve cette esthétique chez Dior Homme où Kris Van Assche, qui vient de renouveler son contrat avec la maison, et s’émancipe franchement de l’héritage d’Hedi Slimane pour croiser ses vestes et les draper d’un col écharpe, ou donner de l’ampleur aux pantalons sur les hanches et le bassin. Chez Hermès, Véronique Nichanian joue carrément la carte des gris colorés sur l’endroit, tout en renouvelant l’ADN de la marque avec une fidélité exemplaire. Rehaussées du rouge orangé maison en doublure « flash » contrastante, certaines pièces impressionnent, comme illuminées de l’intérieur de ce code Hermèssissime. Même sentiment chez Louis Vuitton, où le chic impeccable signé Paul Helbers marie le vestiaire de ville à des allures plus informelles avec justesse. Pourtant, comme pour la toile enduite monogrammée, on ne sait plus si la nouvelle consommation de luxe se satisfera de ce qu’elle pourrait considérer comme un air de faux-semblant, fût-il cultissime. Il semble en effet que le nouvel homme discret assume des choix qui le conduiraient à choisir le durable, voire le robuste. C’est ce qu’affirmait Alber Elbaz après la collection signée Lucas Ossendrijver qu’il supervise chez Lanvin : « Ce ne sont pas des vêtements juste pour la saison », déclarait le directeur artistique, alors que les spectateurs venaient d’admirer les manteaux arrondis et les vestes ceinturées de la marque qui favorisent des portés confortables dans des tons de kaki ou de tabac relevant du répertoire militaire, dans des formes qui incitent à une posture résolument empreinte de désinvolture. C’est peut-être là l’expression du nouveau chic masculin.
La taille devient ici comme l’abdomen d’un papillon dont les ailes seraient soulignées, en bordure du vêtement, d’un éclair de lumière apporté par un zip métallique.
Les corps changent. Les hanches des femmes perdent des centimètres tandis que la taille des hommes se resserre. L’homme de la deuxième décennie du siècle semble vouloir ceindre à ce niveau même ses vêtements de dessus. On l’a vu également dans des matières un brin plus pesantes chez un créateur montant, Damir Doma, dont les vastes manteaux en lainage chiné sont resserrés à la taille, même lorsqu’ils sont portés ouverts, grâce une ceinture nouée en martingale ou à un cordon glissé qui appuient la base des reins. Chez le Coréen Juun J – autre nom qui jouit désormais de reconnaissance –, toutes les vestes, manteaux, parkas, étaient doubles : doubles matières, doubles couches, doubles poches dans un exercice de virtuosité sur le volume à nouveau ceinturé. La taille devient ici comme l’abdomen d’un papillon dont les ailes seraient soulignées, en bordure du vêtement, d’un éclair de lumière apporté par un zip métallique. Derniers noms à signaler : Ute Ploier et sa coupe rigoureuse dans des matières irréprochables qui jouent souvent sur des écossais sombres et s’inspirent d’un univers mi-André Courrèges, mi-mangas ; ou encore Romain Kremer et ses panoplies raisonnablement futuristes. Alexis Mabille résume bien la saison par ses options : l’homme assume désormais sa part de féminité à travers le caractère précieux des matières qu’il choisit – citons ses leggings en jersey soyeux et ses incrustations de passementerie –, et des détails tels les métalleries de ses boucles de ceinture. À l’opposé, les boxeurs de Jean Paul Gaultier, les hommes corsetés de John Galliano, chaussés parfois de bottines de boxe bariolées semblent d’une autre époque, celle où la fantaisie pouvait régner en maîtresse absolue ou, tout au moins, s’afficher davantage. Les temps changent !
Voir le défilé Lanvin prêt-à-porter Automne Hiver 2010
Voir le défilé Hermès prêt-à-porter Automne Hiver 2010
Voir le défilé Kenzo prêt-à-porter Automne Hiver 2010
Voir le défilé Romain Kremer prêt-à-porter Automne Hiver 2010
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