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Giles Deacon : les secrets d’un incroyable succès

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12.01.2009 | 15h15 | par Elisa Morère

Giles Deacon Défilé Prêt-à-Porter Printemps Eté 2009

Giles Deacon ? Sans contestation, le ticket gagnant de la scène mode et design londonienne. Celui sur lequel le « buzz » résonne à plein tube. Son travail est réputé « whimsy and wow » ! Vous avez évidemment traduit : « fantaisie et… oh là, là ! ». On se bouscule aux sensationnels défilés du « British Fashion Designer of the Year » 2007. Eva Herzigova, Karen Elson, Nadja Auermann, Anouk Leper et Erin O’Connor défilent pour lui. Son dernier show a fait une fois de plus hululer de bonheur la planète mode. La partie musicale est assurée par son ami Steve Mackey du groupe Pulp. Dernièrement, ont été applaudis les séries en soie effeuillée noires et blanches, les robes trempées dans une palette pimentée azur et orange, et des escarpins vernis canon. Pas mal pour un petit gars né dans la cambrousse anglaise, dont le papa était agriculteur et la maman mère au foyer ! Bottega Veneta, Gucci, Castelbajac, Louis Vuitton, Giles Deacon se fait d’abord les dents un peu partout puis lance sa marque (en vente chez Colette). Star ultra sollicitée – et il n’a pas le profil météore ! –, il a un tel coup de crayon que les magazines branchés s’arrachent ses illustrations et les marques ses objets design. Parallèlement, il crée ses collections de vêtements tout en n’hésitant pas à lancer une ligne masculine pour Daks ou une gamme Gold by Giles pour New Look. Il croise Drew Barrymore dans un ascenseur, et lui propose d’être l’égérie de sa ligne pour la chaîne anglaise dont les prix doux font les délices des fashionistas (aux Halles à Paris). Dans sa suite de l’hôtel Park Hyatt à Paris, il enchaîne les interviews comme une rock star. T-shirt black sur jean black, lunettes rectangulaires rouges, la coqueluche anglaise a l’œil qui frise et l’écoute sincère. Charmant, bavard, drôle, on comprend que les filles craquent, d’autant que, merveille supplémentaire, il n’est pas gay le moins du monde. À Paris, il vient donc présenter un coffret de son cru. Un tabernacle d’argent pour Tanqueray N° Ten dont 10 exemplaires pour la France à 1 500 euros pièce. Le nom provient du mini-alambic « tiny ten » dans lequel il est distillé. Pour garden-party décadente, hérissé de pointes d’argent, le coffret plaqué argent renferme accessoires de cocktail et bouteille d’alcool posés sur capiton de soie à motifs gris et noirs. Secrets de cet incroyable succès ? Giles Deacon nous dit tout.

J’essaie toujours de comprendre comment fonctionnent les choses, les marques, les objets, les gens, et même le business.

Vous n’avez pas trop la tête qui tourne ?
Tout semble aller très vite, effectivement. Mais c’est en réalité une lente progression. Depuis mes études à la Central Saint Martins en 1992, puis ma collaboration avec Gucci – sous la direction de Tom Ford une saison – et le lancement de ma marque en 2002. J’ai travaillé dans de grandes maisons et cela m’a été utile quand j’ai décidé de créer ma société. Il y a des rencontres importantes, mais aussi de l’expérience. J’ai une bonne connaissance de qui est qui : journalistes, acheteurs, clients…

Comment avez-vous procédé ?
Je ne sors pas de nulle part. J’ai beaucoup travaillé. De la création au business, je me suis fait peu à peu une idée du tableau général, mais aussi en détail. Pour attirer l’attention sur ma première collection, par exemple, j’ai demandé à Linda Evangelista de défiler pour moi. La presse du monde entier en a parlé. J’ai sans doute aussi bénéficié d’un creux de la vague créative à Londres.

Vous arrivez à produire dans toutes les directions en vous coulant facilement dans les codes des marques. Vous avez un truc ?
Tout part du dessin pour moi. C’est mon secret. J’aime aussi les challenges. Comment faire pour jouer avec les codes d’une marque ? Et bien, je me sers de mon expérience chez Castelbajac, par exemple, où je m’occupais des licences japonaises. Tout marche ensemble, intimement. J’essaie toujours de comprendre comment fonctionnent les choses, les marques, les objets, les gens, et même le business.

« La condition humaine me passionne »

Tout ce que les gens font, leur culture, leur sens artistique, m’inspire.

Vos sources d’inspiration ?
C’est peut-être ringard, mais je suis fasciné par la vie, la psychologie humaine, les mécanismes de communication entre les gens. J’adore m’installer à une terrasse de café pour observer comment les autres vivent, leur personnalité. J’aime la société telle qu’elle est avec ses bons et ses mauvais côtés. Tout ce que les gens font, leur culture, leur sens artistique, m’inspire. J’essaie de comprendre ce qui motive un mouvement artistique, comment se regroupent les personnes selon leurs affinités. La condition humaine, le rapport de l’individu au plaisir, me passionnent.

Côté artistique, des coups de cœur ?
J’ai adoré « L’art de la Guerre froide » de l’artiste pop anglais Colin Self. Il est moins connu que Peter Blake ou Allen Jones. Par coïncidence, j’ai vu l’exposition de mode sur cette période de l’histoire au Victoria & Albert Museum. J’ai également adoré l’exposition de Jeff Koons au château de Versailles : le lieu, la contradiction entre les époques, la beauté de l’ensemble. Je fonctionne à l’émotion dans tous les domaines, y compris en musique. Je suis obsessionnel, addict à la nouveauté. Je charge facilement cinq à six nouveaux titres par jour sur mon iPod. J’écoute de la musique chinoise, africaine, française ou anglaise ! Je ne me cantonne pas à un genre parce que j’aime la diversité. Comme je suis plutôt « visuel », je lis peu en revanche. J’ai besoin d’images.

Je fonctionne à l’émotion dans tous les domaines, y compris en musique. Je suis obsessionnel, addict à la nouveauté.

La mode semble se tourner vers le passé. La création est-elle en panne aujourd’hui ?
Évidemment, on essaie toujours d’innover. Le passé est important et il faut bien le connaître parce qu’on y puise régulièrement. Schiaparelli, Courrèges, Lacroix ou Mugler ont marqué leur époque, et si l’on s’intéresse à eux c’est qu’on est curieux de ce qu’ils ont fait. On veut se projeter dans leur vision, dans leur travail, connaître leurs idées mais sans les piller. On travaille en créant une combinaison de tout cela. Par exemple, il est crucial de comprendre Chanel où les gens s’impliquent en profondeur pour traduire une idée et une vision de leur marque. Cela dit, je ne crois pas que le vintage soit à la mode. En tout cas pas autour de moi !

Comment ça se passe dans votre entreprise ?
Nous sommes huit dans mes ateliers et nous travaillons tous ensemble. Pas autocratique du tout. C’est un travail commun de recherche, de photographie, de processus de construction. L’équipe maîtrise toute la chaîne.

« Un créateur aujourd’hui doit pouvoir répondre à tout »

Être créateur, ça signifie quoi aujourd’hui ?
De nos jours, et surtout en pleine crise économique, le créateur doit comprendre le business, le savoir-vendre, être manager et en même temps à l’écoute de la création. Bref, il doit être complet. C’est une interaction entre rencontre avec des journalistes… et visites de boutiques. Pas mal de jobs réunis sur une seule tête ! Sans être une bête de contrôle, il faut suivre tous ces aspects. Autrefois, les stylistes ne savaient pas comment se paie une facture. Certes, cet aspect du travail n’est pas cool mais il est fondamental car il faut pouvoir répondre à tout.

Le créateur doit comprendre le business, le savoir-vendre, être manager et en même temps à l’écoute de la création. Bref, il doit être complet.

Quels projets pouvez-vous annoncer pour 2009 ?
Une collaboration avec le papetier Smithson pour qui je réalise des cartes gravées en relief. Une ligne de lunettes pour Linda Farrow. Une collection été pour New Look….

Quand est-ce que Paris vous verra défiler ?
Si cela s’y prêtait ce serait formidable, mais ce n’est pas à l’ordre du jour.

Et quand vous ne travaillez pas, qu’est-ce que vous faites ?
Je nage, c’est excellent pour mon mental. Dans mon petit jardin de Londres, je joue les jardiniers. Je vais au cinéma et surtout je vois mes copains et on fait plein de folies !

Tanqueray N° Ten. En exclusivité chez Lavinia.
www.lavinia.fr


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