18.03.2008 | 09h58 |
Histoire d’Yves Saint-Laurent
Introduction
Le style Yves Saint-Laurent
Le capital d’ Yves Saint Laurent
Yves Saint Laurent tire une ultime révérence
La mode en deuil majeur
Un parcours hors norme
Une influence majeure
Un mal secret
Entretien avec François Lesage
Interview
Agé de seulement 21 ans, en 1957, Yves Saint-Laurent succède à Christian Dior, qui vient de mourir, à la tête de sa maison de Haute Couture, le jeune Saint-Laurent remporte immédiatement le succès auprès des clientes et journalistes de mode. En 1961, il quitte sa fonction pour monter sa propre maison, financée par Pierre Bergé. En 1966, il est l’un des premiers grands couturiers à lancer sa marque de prêt-à-porter, baptisée Yves Saint-Laurent Rive Gauche. En 1998, il vend sa maison au groupe Gucci, propriété de François Pinault, et cède peu à peu la direction du style à Tom Ford. En 2002, Saint-Laurent fait ses adieux définitifs à la Haute Couture. En 2004, Tom Ford ayant quitté simultanément le style de Gucci et de Yves Saint-Laurent, le créateur américain est remplacé par l’italien Stefano Pilati. Revendiquant le caractère parisien, mais aussi démocratique de la marque, Saint-Laurent lance en 2007 un label plus accessible appellé « Edition 24 » et défile en vidéo live sur Internet afin de permettre au plus grand nombre d’assister aux défilés.
Saint-Laurent est l’auteur d’un style devenu très parisien, architecturé, jouant du détournement du vêtement de l’homme pour masculiniser la femme (le smoking, la saharienne). Ses créations accompagnent les mutations de société des années 1960 aux années 1990.
Racheté en 1998 par le groupe Gucci (PPR) Yves-Saint Laurent est scindé entre ses activités couture et cosmétiques. L’activité Yves Saint-Laurent Beauté vient d’être cédée au groupe L’oréal sous forme de licence globale, le Gucci Group en conserve néanmoins la propriété.
Yves Saint Laurent, à la fin d’un défilé Haute Couture en 1979Le prince de la Mode s’est éteint. À 71 ans, Yves Saint-Laurent tire une ultime révérence, avec cette inimitable élégance qui était la sienne. Il s’est éclipsé en toute discrétion, dans son domicile parisien, à l’heure où la nuit reprend tous ses droits. À 71 ans, le grand maître de la mode française subissait loin des regards, les ultimes assauts de la maladie qui le rongeait depuis des années. Un cancer du cerveau a fini par avoir le dernier mot, alors que des décennies durant, les rumeurs sur son état de santé précaire ont fait craindre le pire à chaque instant. L’heure est pour lui venue d’entrer dans la légende. Son histoire paraît sortir d’un conte de fée tragique tant son existence semblait marquée par « les noces du talent et de la souffrance » comme l’écrira en 1996, Pierre Bergé son ami le plus proche, qui a dirigé pendant 40 ans la griffe Yves Saint-Laurent. Le même Pierre Bergé qui préfère aujourd’hui déclarer sobrement « Ce n’est pas un choc car je le savais depuis un an, mais une profonde émotion car j’ai partagé sa vie pendant 50 ans … ». La France vient de perdre le plus grand couturier de son temps. Si Chanel a donné la liberté aux femmes Yves Saint-Laurent leur a donné le pouvoir. Il servait les femmes plus qu’il ne se servait d’elles. Il faudra surtout retenir de lui cette profonde intégrité ». À l’heure où se bousculent tous les hommages, on notera celui de Bernard Arnault, saluant celui qui « a incarné pendant un demi siècle, la haute couture française », et encore celui de Nicolas Sarkozy qui évoque « celui qui a su élever la Haute Couture au rang d’un art », tandis que Jaques Chirac regrette « le créateur d’exception et le styliste de génie »
Entre paillettes et solitude, Yves Saint-Laurent semble avoir porté son destin exceptionnel comme un fardeau. Né le 1er août 1936 à Oran (Algérie), ville qu’il décrivait comme « étincelante dans un patchwork de mille couleurs, sous le calme soleil d’Afrique du Nord », Yves-Mathieu Saint-Laurent a très vite manifesté son intérêt pour la mode. À 14 ans, il s’invente une maison de couture imaginaire et croque inlassablement les dessins des revues de mode de sa mère. Trois de ces croquis, dessinés pour le concours annuel du secrétariat de la laine feront basculer son destin alors qu’il est âgé d’à peine 17 ans. La suite est connue. Le jeune homme intègre en octobre 1954 la prestigieuse École de la Chambre Syndicale de la haute couture puis, sur l’instigation de Michel de Brunhoff, figure emblématique du magazine Vogue, il rentre chez Dior. Âgé de seulement 21 ans, Yves Saint-Laurent succède en 1957, à Christian Dior qui vient de mourir, à la tête de sa maison de Haute Couture. Le jeune homme remporte immédiatement le succès auprès des clientes et journalistes de mode. En 1960, la guerre d’Algérie fait basculer une nouvelle fois son destin … Mobilisé, Yves Saint-Laurent supporte mal sa situation et se retrouve hospitalisé pour dépression grave. La maison Dior le remplace par Marc Bohan chez Dior, ce que Yves Saint-Laurent n’accepte pas. Il gagnera un procès pour rupture abusive de contrat contre son ancien employeur. Le jeune homme s’associe alors avec Pierre Berger pour donner naissance à sa propre maison de couture, dont la première collection sortira en 1962. Il sera par la suite l’un des premiers grands couturiers à lancer sa marque de prêt-à-porter, baptisée Yves Saint-Laurent Rive Gauche en 1966.
Le grand maître de la mode française aura marqué la Mode d’une empreinte forte à chaque étape de son parcours. De la fameuse ligne trapèze, lancée lors de sa première collection pour Dior, le 30 janvier 1958, jusqu’à la collection Matisse. Auteur d’un style devenu très parisien, architecturé, il joue le détournement du vêtement de l’homme pour masculiniser la femme et la libérer dans ses mouvements. Il provoque son temps en habillant la femme avec des vêtements d’homme. Il lui offre le smoking, la saharienne, le caban, la chasuble, les cuissardes, du tailleur-pantalon, la combinaison-pantalon et encore le premier jumpsuit. Ses créations accompagnent les mutations de société des années 1960 aux années 1990 et portent la femme dans sa conquête du pouvoir. Lui qui aime avant tout le noir, ose les mélanges de couleurs vives, comme cette célèbre association de rose et rouge, et célèbre les influences exotiques. Il rend aussi des hommages inspirés aux artistes tels que Mondrian, Picasso, Matisse, Bernard Buffet, Braque ou Bonnard à travers des collections exceptionnelles.
Cette succession flamboyante de succès ne semble pourtant pas avoir raison du mal secret qui le ronge. Yves Saint-Laurent vend sa maison au groupe Gucci, propriété de François Pinault, en 1998 et cède peu à peu la direction du style à Tom Ford lequel sera ensuite remplacé par Stéfano Pilati. En 2002, le couturier décide de faire ses adieux définitifs à la haute couture. Il faut avoir eu le privilège d’assister à ce grand défilé d’adieux pour mesurer la tendresse qui entourait ce couturier si vulnérable. La vue d’Yves Saint-Laurent, tragique, avançant d’un pas fragile vers Catherine Deneuve et Laeticia Casta arracha alors des larmes à l’assistance. « On l’imagine intouchable, entouré d’une cour. En fait c’est un homme très simple … Il me prend telle que je suis … Chaque fois que je suis en sa compagnie, j’ai envie de le protéger » commentera plus tard Laeticia Casta Yves Saint-Laurent reconnaît alors avoir connu « la peur et la terrible solitude. Les faux amis que sont les tranquillisants et les stupéfiants. La prison de la dépression et celle des maisons de santé », « les collections me faisaient souffrir énormément. En dehors de moments de grande joie, j’étais vraiment malheureux » … Personnalité attachante, d’une sensibilité et d’une timidité maladives, le Maestro avait choisi de finir ses jours dans la solitude et la nostalgie. Sans la mode, il paraissait privé d’oxygène. Yves Saint-Laurent vivait ses derniers instants reclus, déclinant toutes les propositions d’interviews ou de rencontre. Ses cendres ont été dispersées au jardin Majorelle à Marrakech. Non loin de sa terre natale.
François LesageOn ne présente plus François Lesage. Le brodeur français a partagé avec Yves Saint Laurent trente-cinq ans de création, d’émotion, de succès. Il livre à Prestigium quelques précieux souvenirs.
« J’ai eu de grands instants de complicité avec Yves Saint Laurent et j’assiste à son départ avec beaucoup de tristesse et de nostalgie. J’ai vécu avec lui des moments que je ne retrouverai plus car la couture a changé.
Nous étions peu nombreux alors et chaque couturier avait son terrain de chasse réservé parmi ses fournisseurs. J’avais connu Yves chez Dior lorsqu’il n’était qu’assistant et la relation avec celui que l’on appelait "Monsieur" a commencé sur un mode très réservé : il était tellement timide qu’il m’a fallu du temps pour entrer en complicité avec lui. Notre relation n’a véritablement commencé qu’en 1965. Il m’invitait parfois chez lui. C’est ainsi que j’ai retrouvé dans sa salle à manger ce merveilleux tableau représentant des tigres de Dunand qui était auparavant chez Madeleine Vionnet. Un jour où nous étions dans cette salle à manger, il m’a confié de sa voix basse et grave : "Je vais vous montrer mon petit carnet." Il m’a alors allongé une trentaine de croquis… à trois semaines de la collection Braque !
J’ai vécu des moments fabuleux de concentration. Nous étions comme dans une église, dans un silence total, car il avait horreur du bruit. C’était parfois très rapide, mais il pouvait aussi rester trente minutes sur un motif. On sentait alors qu’il regardait intensément tout en construisant beaucoup de choses. Il attaquait parfois une collection dans une direction et quinze jours après il fichait tout en l’air. On pouvait refaire entièrement une toile de tailleur pour 4 millimètres.
J’ai toujours pensé qu’il n’y a pas de péridurale possible pour la création : si on ne souffre pas, ce n’est pas votre enfant. Il était comme un archéologue qui fouille le terrain inlassablement pour chercher un trésor. Ce n’était pas la création souriante à l’américaine.
C’est ainsi qu’il a réussi à mettre en scène cette image fabuleuse d’une femme Saint Laurent, spectaculaire mais jamais vulgaire. Puis-je vous dire cela ? Oh, finalement, si. Il m’a confié un jour : "J’ai tout fait, donc je m’arrête." Et c’est vrai qu’il avait fait le grand tour avec ses collections inspirées de tous les continents, de tous les grands peintres, qu’il avait revisité tous les modèles. On peut toujours refaire autrement. Mais lui n’a pas voulu recommencer. »
Voir tous les produits Yves-Saint-Laurent femme
Voir tous les produits Yves-Saint-Laurent homme
Voir le dernier défilé prêt-à-porter femme | homme
Voir tous les défilés Yves-Saint-Laurent femme | homme
Voir tous les points de ventes Yves-Saint-Laurent
Tom Ford : "Le cinéma me permet d’exprimer tout ce que je ne peux pas dire en mode"
Bilan 2009 : les métamorphoses du luxe se confirment
Milla Jovovich : "J’aime la liberté en mode"
Hugh Grant : "Aujourd’hui j’aime les actrices françaises"
1. Alexander McQueen tire sa révérence avec (...)
3. Cannes 2009 : les plus beaux looks
5. Défilés : Les tendances fortes de l’été (...)
6. John Galliano, gallianesque !
7. Les défilés Homme Été 2010, explorent de nouveaux (...)
8. Jeux de vrai faux classiques