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Signe des temps : la mode se réapproprie l’esthétique bourgeoise.

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08.09.2009 | 13h27 | par Catherine Maliszewski

Défilé automne-hiver 2009 Bottega Veneta, Chanel et Prada.

Temps de crise oblige, les valeurs sûres font florès, y compris dans la mode où la fastfashion – prompte à offrir pléthore de tenues possibles, quitte à démultiplier les garde-robes à l’envi – cède la place au slowear. Le slowear ? C’est une tendance de consommation relativement récente, qui propose un style vestimentaire durable, plus conventionnel, certes, mais de meilleure qualité et, somme toute, ultra-codifié. L’occasion pour les valeurs de la bourgeoisie de faire briller les symboles de leur pedigree.

Du tailleur, du tailleur, du tailleur. Pas un défilé, pas une collection, pas une marque, pas un créateur digne de ce nom qui n’ait omis de citer la pièce phare de cette saison : le tailleur-jupe et parfois – petite variation – le tailleur-pantalon. Dior, Prada, Chanel, Dolce & Gabbana et les autres y sont allés de leur inspiration. John Galliano explore une fois de plus la veste « Bar » (et sa jupe assortie) chère à la maison Dior. Pour l’automne-hiver, il la voit plus classique, plus ronde et mâtinée d’orientalisme. Miuccia Prada tranche son propre modèle dans un lainage très dense, très épais, qui convient plus couramment aux manteaux d’hiver : détourner les matières reste le meilleur hobby de la créatrice italienne. Dolce & Gabbana envisage le tailleur sous un jour ultracouture, surlignant les épaules à l’infini.

l’ostentation de la discrétion 

À cet uniforme, il n’est pas rare d’adjoindre des sacs à main aux allures de cartables, des petites ballerines, des mocassins ou des escarpins aux volumineux talons, vertigineux, certes, mais stables. On croise aussi des pardessus chaleureux et de belle facture (Bottega Veneta, Alberta Ferretti). Le camel coat est à la fête (Derek Lam), les tweeds attisent l’élégance (Marni, Ralph Lauren) et la flanelle grise en impose par sa prestance (Hermès). C’est le règne du basique chic, du bon investissement. « Bref, des valeurs bourgeoises, relève Catherine Örmen, historienne de la mode et auteur de “Regards de la mode, histoire de la silhouette du XIXe siècle à nos jours” (à paraître chez Hazan en octobre). Nous vivons actuellement un vrai retour du BCBG, un style aux lignes pures, travaillé dans des matières nobles, sans ostentation ni faute de goût, mais au gré d’une codification vestimentaire stricte, avec un attachement certain aux classiques, aux finitions, aux détails. »

En ce sens la mode est antidémocratique, et le partage des biens entre le riche et le pauvre, entre celui qui sait et l’autre, bat son plein. Le premier marque son appartenance à la classe aisée par des signes de reconnaissance étudiés où règne « l’ostentation de la discrétion ». Le second reste attaché au turnover des tendances, faciles à acheter et à porter, via les grandes chaînes de distribution.

la bourgeoise qu’ils dessinent fait montre d’un brin d’érotisme aussi sulfureux que subtil…


   John Galliano

   Prada

   Chanel

   Hermès

   Dolce & Gabbana

   Dior

   Marni

   Bottega Veneta

   Ralph Lauren

   Miuccia Prada

   veste Bar

   Alberta Ferretti

   Fastfashion

   Slowear

   Bourgeoisie

   Tailleur

   Derek Lam

   Örmen

   Regards de la mode

   Histoire de la silhouette du XIXe siècle à nos jours

   Hazan

   BCBG

   Courtisane


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