02.07.2009 | 15h05 | par Jean Paul Cauvin
L’homme de l’été 2010 s’inspire des figures des explorateurs de nouveaux territoires ; un style chic et casual sur fond de silhouettes flottantes à superpositions, d’amples pantalons à taille haute, de tuniques à l’indienne, de sandales de gladiateur, de nylons ultralégers, résilles techniques alliées à de sombres transparences, de shorts sous les vestes ou de pantalons retroussés sur la cheville.
On attendait John Galliano pour sa marque éponyme et il n’a pas déçu, dans l’un des shows dont il a le secret. Mixant les orientalismes, il a traversé la Méditerranée d’est en ouest au côté du général Bonaparte en campagne d’Égypte dans l’esthétique d’Abel Gance, y croisant le Lawrence d’Arabie incarné par Peter O’Toole et les éphèbes photographiés par Wilhelm von Gloeden. Pantalons cargos, vastes pièces de cuir, parkas et polos appuient un charme mauvais garçon. Un manteau redingote nuit recouvert de mousseline noire donne l’allure impériale. Dès lors, pourquoi enfiler sa chemise quand on peut aussi la nouer en serre-taille et former une étole avec les manches, même par-dessus la veste ? Les adeptes du style Galliano affectionneront sans doute cette extravagance opulente.
Autre maison, autre voyage, pour une inspiration puisée auprès de la panoplie de Pietro Paolo Savorgnan di Brazzà, explorateur de la rive droite du Congo. Antonio Marras pour Kenzo décline à l’envi ce vestiaire colonial, dans des tons grisés ou sable qui font la part belle aux vestes trois boutons, généralement portées ouvertes sur le gilet. Mention spéciale aux imprimés denim réalisés comme au carbone, ainsi qu’à un blouson en python gris, d’une urbanité rampante.
Une fluidité de mamelouk fait florès chez Yves Saint Laurent. Stefano Pilati y donne du volume aux pantalons et rallonge certaines chemises au-dessous du genou, les motifs des imprimés de la saison dernière défaillent dans la maille. Une illusion de corps projetés se dessine dans ces visions où la veste, longue à l’avant et raccourcie à l’arrière, semble entraîner le corps dans une poursuite imposée par un sirocco de modernité.
Sous sa signature Kris Van Assche instaure des ponts entre les allures masculines orientales et occidentales en déconstruisant la silhouette grâce à des kurtas de Goa ou de fines djellabas de Port el-Kantaoui. Les pantalons ont l’ampleur des sarouels déjà constatée sous sa griffe l’été dernier.
Chez Dior Homme, le même designer intègre cette fois-ci, plus qu’il ne superpose, plusieurs tissus au sein d’une pièce. Un trompe-l’œil de gilet de ton naturel s’infiltre mieux qu’un passager clandestin dans la veste noire. Un tailoring ultraléger découpe les têtes de manches des épaules d’une veste, pour assurer une ventilation bienvenue en cas de canicule. De même l’homme Dior pourra oser, pour le soir, le blouson ou la veste carrément dépourvus de manches, comme un élégant smoking laissant délicatement apparaître en transparence deux panneaux sur le devant, procédant sans doute de l’esthétique des kimonos. Dior confirme le triomphe des matières ultrafines, ultralégères, ultratransparentes.
Chez le Coréen Juun.J, l’effet est saisissant : les organzas noirs emballent et rallongent les vestes. Ailleurs, la matière transparente et délicatement brillante voile pudiquement de blanc la peau du torse. Ici, la cape se fait parka d’été en un fondu de carreaux noirs sur gris, avec la fragilité d’ailes de libellule dans la capuche.
Damir Doma utilise un matériau transparent et froissé en voilant les bras de manches démesurément longues. Il crée un nouveau confort dans des matières opaques qui marquent le haut de rigueur pour donner de l’ampleur dans le bas, redéfinissant par le tombé flottant la géométrie de manteaux et de vestes dépourvus de cols, qui se ferment d’un simple lien ou crochet latéral.
Des parties de peau nue apparaissent dans le dos des modèles étudiés par Francisco VanBenthum. Elles dévoilent un élément de vulnérabilité dans une silhouette qui, à l’arrière, semble parée seulement d’une ébauche de vêtement.
Les garçons latinos chers à Riccardo Tisci, chez Givenchy, sont en trek vers le Maroc, en shorts portés sur des leggings, tantôt en total look blanc avec chèche de coton ou ceinture drapée bas sur le sarouel, tantôt en imprimés noir et blanc de motifs graphiques empruntés aux comètes. Une décontraction ici teintée d’accents sportswear s’octroie les excès du genre, par exemple dans un tee-shirt entièrement doré, bordé d’étoiles en relief autour du cou.
Hermès est nettement plus sage. On le sait, Véronique Nichanian préfère concevoir du vrai vêtement plutôt qu’une mode superfétatoire. Elle explore cette saison des tons de terre battue qu’elle allie à des vert-de-gris ou des bleus céruléens, sans mépriser pour autant le vert pomme. Des vêtements admirablement coupés, pantalons légèrement feux de plancher, dans les matières maison, induisent une nonchalance chic, symbolisée par une belle ceinture de cuir portée bas sur les hanches. Est-il besoin de davantage ? Avec suffisamment d’aspects mode dans les proportions, le désir est à son comble et chacun convoite facilement ce luxe discret, efficace, rassurant.
Le blanc éclatant des premiers looks de Hugo, la ligne créateur de la marque Hugo Boss, rappelle immanquablement le déhanché de David Bowie sous le crayon de Bruno Pieters. Une forme d’expressionnisme et d’avant-garde y pointe, avant que les rayures horizontales ne viennent jeter le trouble sur les costumes légers. Beaucoup de bleu marine ici et un coup de rouge aussi. Les chemises semi-transparentes se portent allègrement sans veste, la peau s’expose comme dans un décolleté sous la veste en jersey marine inspirée du caban. Le soir, les manches peuvent se broder de larges sequins cuivrés.
Des couleurs encore plus énergisantes sont à l’honneur chez Thierry Mugler, avec des acidulés ; une veste en lin beige s’enduit de tâches jaune fluo, un ruban citron borde un costume de la même matière naturelle, le bleu ciel s’inscrit sur le blanc dans une tenue vichy. Ailleurs, le parme de la chemise se marie à une veste shocking. On garde le blanc pour les gilets, qui réfléchissent la lumière de l’intérieur. Plus de carrures marquées chez Mugler pour l’été 2010, qui semble lorgner un brin vers Paul Smith.
Il n’y a pas que les athlètes qui peuvent rêver de couleurs flashy, Walter Van Beirendonck le permet aussi aux « ours » ; ces hommes bien en chair, qui affectionnent les pilosités sur le torse comme les barbes fournies, revendiquent les cottes zippées vert électrique et tous les pastels dans des vestes poids plume, comme dans une palette de feutres fluorescents réunie sur les baskets. Idéal pour un trekking dans les Pyrénées.
Junya Watanabe, quant à lui, réintroduit les madras colorés. Il y taille des costumes clairs, adorables pour l’été en ville.
Tous répondent sans doute à un besoin nouveau du consommateur : ne plus prétendre à un rang social en répondant à des canons ou des critères de beauté, mais se définir et se trouver.
Tom Ford : "Le cinéma me permet d’exprimer tout ce que je ne peux pas dire en mode"
Bilan 2009 : les métamorphoses du luxe se confirment
Milla Jovovich : "J’aime la liberté en mode"
Hugh Grant : "Aujourd’hui j’aime les actrices françaises"
1. Alexander McQueen tire sa révérence avec (...)
3. Cannes 2009 : les plus beaux looks
5. Défilés : Les tendances fortes de l’été (...)
6. John Galliano, gallianesque !
7. Les défilés Homme Été 2010, explorent de nouveaux (...)
8. Jeux de vrai faux classiques