24.06.2009 | 13h21 | par Elisa Morère
Enfin une rétrospective sur Madeleine Vionnet ! Une des couturières françaises les plus singulières du début du XXe siècle. Le 24 juin, 130 modèles sortis des archives du musée des Arts décoratifs nous sont dévoilés. Mais on y apprend surtout énormément sur la femme. Un esprit quasi visionnaire animait cette pionnière. Elle a tout simplement fait de sa maison une entreprise des plus modernes. La jeune fille modeste née dans le Loiret a bouleversé bien des codes à une époque où les femmes étaient enfermées dans leur corset, confinées aux tâches ménagères ou mondaines, où le conformisme régnait. Mademoiselle Vionnet veut être couturière. La femme du garde champêtre de son village va l’initier. Mais, déjà moderne, elle décide d’apprendre l’anglais et là voilà Londonienne – et lingère pour vivre. En 1896, elle est engagée chez Kate Reily – une bonne faiseuse anglaise –, où elle apprend vraiment son futur métier. Cinq ans plus tard, on la retrouve chez les sœurs Callot à Paris. Un nom qui ne dit plus rien à grand monde mais qui était fameux en son temps. Puis Jacques Doucet la repère et lui offre de rajeunir sa maison. Elle dépoussière si bien en lançant des robes souples, qui – horreur ! – flottent loin du corset, et en faisant défiler les modèles pieds nus qu’elle est priée d’aller exercer ses talents ailleurs !
La guerre vient interrompre son essor. Elle ne démarre vraiment qu’en 1918 et, une fois bien établie, s’installera 50, avenue Montaigne à Paris. Elle confie l’aménagement des salons à un grand décorateur dans le goût des années trente. La « petite couturière » devient la plus courue, y compris d’une clientèle internationale. Parallèlement à ses exploits d’aiguille, Madeleine Vionnet se soucie de progrès social. Elle chouchoute son personnel : cantine, soins médicaux et dentaires gratuits et même une crèche. Son attention va jusqu’à accorder congés payés et maternité bien plus avantageux que ceux prévus par les lois de l’époque. Madeleine Vionnet fait rouler le dé encore plus loin. Aujourd’hui, le monde du luxe devrait lui ériger une statue car elle s’opposera la première à la contrefaçon et à la copie ! Elle sera d’ailleurs la première à apposer son étiquette avec sa griffe sur ses vêtements.
Madeleine Vionnet maîtrise les caprices des tissus à la perfection et, en technicienne géniale, sait placer son coup de ciseau. Elle est la reine du biais.
En femme intelligente, elle pense avant tout le monde à la conservation de son patrimoine. Elle léguera donc à la postérité 122 robes, 750 toiles patrons, 75 albums photographiques mais aussi livres de comptes et ouvrages de sa bibliothèque personnelle. Un cadeau du ciel conservé aujourd’hui par les Arts décoratifs. La rétrospective montre donc ce travail. Ce qui frappe, c’est bien le coup de crayon maîtrisé et la pureté des lignes. Madeleine Vionnet maîtrise les caprices des tissus à la perfection et, en technicienne géniale, sait placer son coup de ciseau. Elle est la reine du biais. Madeleine Vionnet tente en fait de simplifier les frous-frous exaspérants qui flanquaient les femmes comme une armure, guerroie contre les contraintes ! Elle chipe à la Grèce antique le drapé libre, réduisant coutures et attaches. Elle propose des robes qui flottent, des tissus en vol libre, qui par magie moulent aussi les courbes féminines. Puis, elle se fait littéralement architecte en travaillant carré et rectangle et plus tard le cercle (les années trente sont à la géométrie) sur son mannequin perso, une simple petite poupée de bois. Elle rehausse l’austérité de son style par des décors floraux (elle adore les roses), les broderies, les strass, les tressages. On verra, par exemple, une magnifique robe du soir en organza blanc simplement rebrodée d’une frise d’immenses fleurs noires. Elle parsème ces fioritures d’une main légère jusque sur la fourrure. L’exposition montre également son goût pour des couleurs franches et sobres, n’oubliant jamais un choix de tenues noires ou blanches dans chacune de ses collections. L’ensemble a été restauré par les ateliers des Arts décoratifs depuis 2007. Un travail de titan, de fourmi aussi, qui s’achève en apothéose par la résurrection du legs de Madeleine Vionnet.
« Madeleine Vionnet, puriste de la mode »,
jusqu’au 31 janvier 2010
musée des Arts décoratifs – Mode et textile, 107, rue de Rivoli, 75001 Paris.
Visites découverte (durée 1 h) : 27 juin, 11 juillet à 16 h ; 18 juillet, 25 juillet, 22 août, 29 août, 5 septembre à 15 h
www.lesartsdecoratifs.fr
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