24.02.2009 | 15h14 | par Jean Paul Cauvin
Il y a quelque chose de fellinien dans la façon dont la Camera nazionale della moda italiana annonce, en Italie, la semaine de la mode de Milan. Jugez plutôt : « Du 25 février au 4 mars, se tiendra la plus importante semaine de prêt-à-porter féminin », traduction littérale du communiqué envoyé par l’organisateur du calendrier officiel des défilés milanais. Et l’organisme, présidé par Mario Boselli, d’égréner : « 231 collections, réparties en 172 présentations et 92 défilés, voilà les chiffres de l’édition automne-hiver de Milano Moda Donna ».
À ce stade, on imagine le président de la Fédération française de la couture, Didier Grumbach, s’étranglant. Milan oserait donc contester la suprématie parisienne ? Il est vrai que les présentations en showroom ont toujours eu une place particulièrement importante dans la capitale lombarde, mais si l’on essaie d’y voir plus clair, ne serait-ce que pour comparer les effets de la crise sur les quatre plus importantes Fashion Weeks au monde, on réalise en fait que Milan ne défile que du 25 février au 3 mars, et non au 4 comme annoncé. Avec 83 marques différentes organisant des défilés, la ville se maintient plutôt bien en effet, face aux capitales anglaise et américaine qui ont connu une baisse notable de fréquentation pour leurs présentations de l’automne-hiver 2009-2010. Mais Paris conserve une nette avance avec 91 marques sur podium – pour arriver au chiffre de 92 défilés, Milan a en effet comptabilisé à deux les doublés acheteurs-presse quand Paris n’en compte qu’un dans ce cas. Faire moins d’effets d’annonce aurait été sans doute jugé plus élégant. Mais s’il en va ainsi, c’est sans doute que la mode italienne a eu peur.
En effet, lors de la session de janvier consacrée à la mode masculine, elle avait alors habillé son abandon d’une journée de défilés du reproche fait à Paris d’organiser dans son calendrier off des événements qui mordaient sur le dernier jour du calendrier milanais. La réalité était ailleurs et, aujourd’hui, la presse italienne reconnaît volontiers que la semaine masculine milanaise de janvier avait connu une chute de 20 % dans le nombre de défilés.
Rien de tel pour la femme. Les grands noms italiens viennent en tête de ce calendrier officiel, avec Missoni dès le deuxième jour ; Costume National, Giorgio Armani, Gianfranco Ferré le vendredi ; Bottega Veneta, Blumarine, Emilio Pucci et son nouveau directeur artistique Peter Dundas, Moschino, Gucci le samedi ; et Roberto Cavalli, Salvatore Ferragamo, Prada, le dimanche. Car cette saison on assiste encore ici à une concentration des griffes les plus importantes pendant le week-end. Ce que déplore Mario Boselli qui voudrait bien déplacer son calendrier du samedi au samedi, mais n’a pas réussi à trouver un accord avec ses alter ego londoniens et, surtout, parisiens. Le début et la fin du calendrier officiel milanais sont donc affectés par ces contraintes, malgré l’effort de soutien aux jeunes designers mis en lumière par les concours Next Generation et Regeneration, qui défilent le premier jour. La dernière journée regroupe plutôt des designers locaux, augmentés d’Agatha Ruiz de la Prada et d’un nouveau venu à Milan, le Libanais Zuhair Murad. La dernière vraie journée à destination d’un public international reste donc le lundi 2 mars, avec Dsquared, Fendi et Versace.
Parmi les dissidents figurent Dolce & Gabbana, qui a choisi depuis plusieurs saisons le off pour sa première ligne, et surtout la petite marque Love Sex Money. Celle-ci a créé la polémique en faisant publier une lettre ouverte, manifestant son souhait de fixer sa propre date elle-même, en dehors du calendrier officiel, à la suite d’une dispute avec la Camera nazionale della moda. Recherche de buzz ou pasticcio milanais. Chi lo sa ?
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