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Pékin, un écrin arty pour Dior

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14.11.2008 | 11h28 | par Anne-Cécile Sanchez

Énorme. C’est le mot qui vient à l’esprit au moment où l’on découvre les contours de l’exposition Dior, inaugurée ces jours-ci à Pékin. Réparti sur les 3000 mètres carrés du Ullens Center for Contemporary Art, l’événement rassemble une vingtaine d’artistes chinois qui tous ont accepté la commande consistant à créer une ou plusieurs œuvres faisant explicitement référence à l’identité de la griffe. Tous, ou presque, semblent à cette occasion avoir succombé à la tentation de la démesure. Immense, le tapis qui accueille le visiteur : signé Wang Du, il représente un paysage de ville chinoise sur lequel est juxtaposé le nom de Dior ainsi que trois phrases type, de présentation de produit cosmétique. Monumental (3x7,50 m) le portrait réalisé d’après une photographie de Christian Dior, que Zhang Huan a « peint » à la cendre d’encens, tout comme cette autre image du couturier, sculptée en bas relief sur un battant de porte ancienne. Ces deux créations sont d’ailleurs présentées avec « Le Géant » du même artiste, montré pour la première fois en Chine. La chaise médaillon, emblème de la maison de l’avenue Montaigne ? Elle a inspiré à Shi Jinsong une version surdimensionnée en lames de métal coupantes, façon lames de rasoir. Le Lady Dior, lui, est transformé par Li Songsong en une imposante sculpture de néons… Xu Zhongmin s’est emparé du thème du défilé : pas moins d’une soixantaine de mannequins, hommes et femmes, accompagnés de squelettes, vêtus de reproductions miniatures du tailleur « Bar » de 1947 et de sa réinterprétation de 1997 par Galliano, marchent au dessus du sol, entre la vie et la mort. Confronter l’histoire de la mode chinoise avec celle de la marque française : telle était l’idée de Wen Fang, qui a construit pour l’incarner, un long mur de briques. Côté face, on y découvre un pêle-mêle de photos évoquant l’histoire de Dior, côté pile, des images couvrant soixante ans d’histoire de la mode chinoise. Wang Qingsong a choisi l’iconographie de « La Cène », transférée dans le cadre d’un hôpital au toit défoncé, au milieu de perfusions. Autour de l’artiste tenant le rôle du Christ, des mannequins en robes haute couture miment les apôtres…

Figurer dans une exposition de cette envergure, dont on peut imaginer que la presse du monde entier s’en fera l’écho, voilà qui ne se refuse pas. Star absolue de l’art contemporain - il fait partie des dix artistes les plus côtés dans le monde - Zhang Xiaogang raconte dans le communiqué de presse comment il a accepté de terminer un tableau resté inachevé, spécialement pour l’exposition : « Inconsciemment, je retardais ce moment de le terminer, tout en espérant qu’il trouverait un bon acquéreur. L’été dernier, Bernard Arnault est venu dans mon atelier, a vu et aimé ce tableau. Par la suite, il m’a fait savoir son désir de l’acquérir pour sa collection et son futur musée ». Devant la toile, un groupe de sculptures représente des ouvriers, des paysans, des soldats, des étudiants et des commerçants. « Bernard Arnault les a vus à côté du tableau et a remarqué qu’ils étaient comme la version en relief. Il a pensé que ce serait intéressant de les mettre côte à côte » explique l’artiste. L’installation est gardée par une armée d’une vingtaine de mannequins habillés en costumes hiver 2008 Kris Van Assche pour Dior Homme.

Rien n’a été laissé au hasard. Bambous, lucioles, jeu d’ombres… le jardin conçu par Tim Yip (connu pour son travail de directeur artistique au cinéma) sert d’écrin à l’exposition. Les robes de Christian Dior et de John Galliano y jouent le rôle des fleurs : « Palmyre » brodée de perles et pierres bleues, « Soirée brillante » en tulle brodé d’argent. C’est fastueux. Le résultat est d’autant plus étonnant quand on connaît le timing : décidé en mai, au moment où, à Hong Kong, Chanel dévoilait son Mobilart, l’événement a été monté en un temps record. Il traduit sans doute la volonté de Bernard Arnault de faire à son tour son entrée sur la scène de l’art contemporain. Le soir du vernissage, un cocktail suivi d’un dîner assis de 300 invités célèbrera ces noces royales entre l’art et la mode.


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