22.10.2008 | 15h41 |
par Elisa Morère
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New York, Londres, Milan, Paris… La toile des tendances de l’été prochain se tisse à travers ces quatre capitales. Après les défilés, les grands magasins du monde entier donnent le ton. Pour eux, capter l’air du temps implique de disséquer, analyser et redigérer tous les courants repérés par les acheteurs, dans chacune de ces villes. En marge des défilés, les réunions d’analyse s’enchaînent pour permettre à chaque secteur de disposer des informations les plus avant-garde. Les choix de ces acheteurs, extrêmement courtisés par les créateurs, donneront le ton de la saison. Et décideront du sort de certaines marques ; être déréférencé ou consacré par un magasin phare représente un enjeu énorme. Pour les grands magasins, c’est aussi à qui fidélisera le premier, la star de demain. Dans leurs vitrines, mise en scène des tendances, des découvertes, et tapis rouge orchestrent ces sacres. New York, Londres, Milan, Paris : quelles tendances post-défilés ? Pascale Camart, directrice des achats mode aux Galeries Lafayette nous livre en exclusivité son analyse pertinente.
Prestigium : La mode aux Galeries Lafayette, c’est le nerf de la guerre ?
Pascale Camart : C’est en tout cas stratégique avec 50 personnes qui s’occupent de luxe, création, haut de gamme, petites marques ! 80 % des achats ont déjà été effectués bien avant les défilés mais trois personnes se partagent les shows, histoire de flairer l’atmosphère, la vitalité des marques, les évolutions des univers, les changements dans les coups de crayon. Tout compte : musique, codes couleurs et top models choisis.
Prestigium : Comment retient-on l’essentiel sur plus d’une centaine de défilés ?
PC : Toute la mémoire des derniers défilés est inscrite dans mes carnets de notes. Je prends aussi des photos. Ma Bible fashion qui réunit une saison entière présentée aux quatre coins du monde. Sans elle, point de salut !
Prestigium : Pouvez-vous nous donner un aperçu des tendances printemps-été 09 ?
PC : Selon mes notes, le bon vestiaire sera : le sarouel, la blouse, la combinaison et la jupe crayon. N’oublions pas la robe légère. Il y en a partout et nous allons sans doute lancer un événement autour d’elle. Sinon, tout est noir, noir, noir. Seulement éclairé de touches de couleurs qui claquent : jaune-orange, vert, rouge et bleu dur. Le sac qu’il vous faut ? Chanel ou Hermès. Ce sont les seuls - avec Balenciaga - que portent les femmes fans de luxe. Vous retrouverez pas mal de ceintures, des chaussures à hauts talons, de gros bijoux du genre immenses colliers et bracelets manchettes imposants.
Prestigium : La création est un axe majeur des défilés ?
PC :Oui ! Il faut repérer qui sera le John Galliano de demain. Les créateurs vont vers le luxe, c’est un même monde. Mais c’est aussi valable pour le haut de gamme qui se dote de designers affûtés. Les créateurs se sont recroquevillés au profit de cet univers luxe qui les a fait grandir… et a fait leur grandeur bien souvent. C’est pourquoi il est important de voir - et d’avoir chez nous - Comme des Garçons, Alaïa, mais encore Gucci et Prada.
Prestigium : Pourquoi ne passez-vous que rarement à New York ?
PC : J’y tâte l’atmosphère de temps en temps. Il y a trois marques importantes - Calvin Klein, Donna Karan, Ralph Lauren - mais à part Marc Jacobs, c’est sans intérêt. Nous préférons suivre les salons new-yorkais, mais ils sont décalés d’une semaine par rapport aux défilés, ce qui n’est pas pratique.
Prestigium : Vous êtes en revanche allée à Londres pour la première fois ?
PC : Exact ! Notre acheteur « Créateurs » est une vraie star là bas. Il s’y rend toujours. C’est très sympa, toute la ville vit à l’heure des shows -même les chauffeurs de taxis savent qui, où et à quelle heure ! -. Grands magasins, entrepôts, tout le monde ouvre des lieux improbables. C’est très bon enfant et on n’y croise pas les mêmes rédacteurs et rédactrices de presse qu’à Milan ou Paris. Londres, c’est branché, extrême, décalé. En revanche, il y a peu de business.
Prestigium : Vous n’avez rien acheté donc ?
PC : Si, bien sûr. Nous avons par exemple repéré et signé Louise Goldin et Richard Nicols. Gareth Pugh est déjà référencé chez nous. Nous avons aussi craqué pour Marie Katrantzou et nous avons acheté ses magnifiques imprimés placés. Cela ressemble à de véritables bijoux sérigraphiés sur des t-shirts en soie. On a aussi eu d’yeux que pour Sandra Backlund, un vrai génie du tricot. Elle tricote à la main de vraies merveilles jour et nuit. Rien que des pièces uniques extraordinaires et donc pas achetables pour le moment par nous mais un jour, peut-être.
Prestigium : Milan est une place importante ?
PC : C’est surtout une place institutionnelle. Milan est moins importante que Paris en fait. On y trouve essentiellement du haut de gamme établi : les Dolce & Gabbana, Prada, Gucci. C’est parfait pour suivre l’évolution de ces grandes marques. Par exemple D&G a créé toute une histoire autour de pyjamas baroques - clin d’œil à YSL ? Je me le demande -. C’était très chic. Nous avons adoré Marni. J’ai eu la chair de poule à la vue de ces couleurs sublimes, ces matières et ces bijoux. Nous ne l’avons pas encore aux Galeries Lafayette. C’est un regret mais nous cherchons de la place pour le moment.
Du simple, du beau, du pur, c’est la nouvelle formule gagnante.
Prestigium : Des marques italiennes qui bougent ?
PC : À Milan, on se fait l’œil aux tendances générales. Le problème c’est la flopée de petites marques. Je fais environ 30 défilés dont quelques-uns justement parce que je ne connais pas la marque. Tout y est basé sur dix marques leaders ce qui fait un à deux défilés immanquables par jour. Milan c’est du business, du relationnel. Presque tous les noms importants ont déjà une concession chez nous. J’ai vraiment trouvé Fendi au top de sa forme. Karl Lagerfeld qui a dessiné la collection a joué un curieux registre avant-gardiste. Aux Galeries Lafayette, c’est une marque qui « performe ». Les clientes l’adorent. Prada est toujours révolutionnaire. Byblos, Bleu Marine, Les Copains ne réussissent pas à percer en France. C’est un prêt à porter de luxe pas suffisamment établi pour les clientes françaises qui préfèrent mettre leur argent sur du haut luxe, contrairement aux italiennes qui dépensent plus…
Prestigium : Alors, Paris reste the place to be ?
PC : Je confirme. C’est le marathon, certes, mais tous les grands acheteurs mondiaux sont présents. Mieux, les grands patrons de ces magasins géants américains, anglais, asiatiques, etc, sont présents en personne et au premier rang !
Prestigium : Quoi de neuf côté luxe sous la Tour Eiffel ?
PC : Beaucoup de créativité. Le problème c’est qu’il y a peu d’invitations et donc pas de place, parfois même à mon niveau - mon directeur général adjoint se rend là où les bristols sont contingentés ! Toutefois, je dois dire que j’ai vu des trésors chez YSL, Givenchy, Miu-Miu, Balenciaga et surtout Vuitton vraiment magnifique.
Prestigium : Qu’est ce qui vous a frappé ?
PC : Adieu les styles bobos, hippy. On revient au vrai produit. Du simple, du beau, du pur, c’est la nouvelle formule gagnante.
Prestigium : Quelle en est la raison à votre avis ?
PC : Je crois sincèrement que le luxe veut se démarquer totalement des marques moyen-haut de gamme qui auront du mal à suivre sur ce terrain là. Peu de détails, des matières à tomber et des coupes très simples d’apparence, complexes en réalité, font que ça va être difficile de copier, d’imiter, de vulgariser. Cela a un rapport direct avec la crise actuelle. Le luxe ne veut plus partager et se recentre sur sa clientèle pour lui offrir de l’exceptionnel, vu nulle part ailleurs.
Prestigium : Des idées intéressantes ?
PC : J’ai aimé Manisha Arora pour son côté international mais un peu trop gag à notre goût - sauf manifestation particulière chez nous -. On attend de Kriss Van Ash qu’il aille plus loin même si ce n’est pas mal. Gareth Pugh on adore - au défilé Chanel, les filles ne portaient que du… Gareth -. Sa technicité est incroyable, tout est noir et blanc point final. Et les femmes habillées ainsi ne passent pas inaperçues. Un grand bravo à Isabel Marant. On a envie de tout. Comme Givenchy d’ailleurs. Ce sont des vêtements modernes, actuels qui correspondent à leur époque. Des vêtements qui font plaisir. J’ai adoré Kenzo et Miu-Miu. Enfin, Jean-Paul Gaultier est toujours une référence pour nous.
Prestigium : Griffes et marques établies, est-ce que ça bouge ?
PC : Ungaro… on va attendre encore un peu. Rykiel ? J’ai pleuré comme tout le monde, mais le plus beau du défilé sont les créations faites par des créateurs. La cérémonie était très triste. Côté Dior, Galliano est toujours aussi attendu mais je me pose des questions. Est-ce qu’une femme qui a les moyens, active, a envie de ces créations qui plongent dans le passé ? Sauf le soir où il y a des robes de rêve. J’avoue un immense coup de cœur pour Yves Saint-Laurent dont la collection était d’une beauté et d’une justesse foudroyante - des dos nus, un nœud ici, un simple coup de ciseau là -. Balenciaga est aussi tout à fait exceptionnel. Nicolas Ghesquières a réussi à créer par exemple des sacs tellement réussis qu’ils sont au top de la mode et en même temps intemporels et ça c’est fort !
Prestigium : Qu’est ce qui fait la différence entre un grand magasin français et étranger ?
PC : La hauteur des piles de jeans… aux USA ! Ils savent faire dans le giga. J’ai encore en tête Bloomingdales qui avait créé une allée de plus de 15 robes noires posées sur leur socle. Ils ont des vitrines superbes. Ils savent dire : « c’est ça qu’il faut porter ». J’aime bien les pôles maquillage ou autre qui viennent casser la monotonie des étages mode.
Prestigium : Une fois les défilés achevés, comment travaillez-vous avec vos équipes ? PC : Nous réunissons nos notes. Nous faisons des compte-rendus détaillés. Puis on se retrouve pour une synthèse à chaud, le lundi qui suit la fin des défilés. On dégage trois grands thèmes. Enfin, on finalise les achats qui nous auraient échappés.
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Iolthan
le 22 octobre 2008 20h55
J ai adoré cet interview.. cette femme est tant dans le juste, que l on peut imaginer visuellement ce qu’elle pense..une femme tellement sincère et si vraie