13.01.2010 | 11h05 |
par cécile Sepulchre
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Le parti pris est ingénieux. Marc Lambron brocarde l’univers de la mode en imaginant un face-à-face entre une journaliste et un créateur de mode diabolique. Après un premier entretien délicatement convenu, ce designer désabusé propose de livrer une interview testament sans langue de bois et entraîne la chroniqueuse de l’autre coté du miroir. Qui est ce mystérieux couturier ? Doté d’une verve assassine et campé dans son personnage, il ressemble furieusement à Karl Lagerfeld. Mais il fait aussi quelques clins d’œil à d’autres septuagénaires tels qu’Yves Saint Laurent, Pierre Cardin ou Hubert de Givenchy.
Ce prince des apparences porte sur son univers et sur son époque un regard d’une cruelle lucidité. Les mannequins ? « Mon métier consiste à tuer autour de 30 ans des filles que j’ai élevées au-dessus d’elles-mêmes pendant sept ou huit ans… Le sacrifice humain se pratique sans préavis. » Les princesses ? « Il faut que les cervelles soient vides pour que les berceaux soient pleins… Les monarchies sont des ovariums. On y prépare les princesses à l’ensemencement nuptial. » Lady Di ? « A priori, elle offrait toutes les qualités d’une nurse discrète. Le problème, c’est que la tête lui a tourné. La lady a voulu s’inventer un destin alors qu’on lui demandait de tenir un emploi… C’est trop facile de se faire aimer en se plaignant. » Le mariage ? « Est-ce que vous monteriez dans un avion qui a une chance sur deux de s’écraser ? »
La « Théorie du chiffon », épingle les travers de l’univers de la mode. Des clientes recousues sous Prozac qui chassent le mari fortuné à ses concurrents sans talent en passant par des rédactrices de mode trop gâtées, personne n’est épargné. Des phrases lapidaires savent résumer les équations de ce secteur. « La haute couture parle aux yeux et survit grâce à l’odorat. S’il n’y a pas deux ou trois parfums pour soutenir une maison, vous êtes mort. » Le dialogue complice entre la chroniqueuse et le créateur rebondit brillamment dans ce huis clos aux allures de pièce de théâtre qui ne s’encombre d’aucun suspens. Un prétexte pour épingler certains travers de notre époque puisque, aux yeux de ce couturier, le monde contemporain peut être perçu dans une cabine d’essayage, la mode n’étant qu’un baromètre de la futilité universelle.
« Théorie du chiffon », par Marc Lambron, Éditions Grasset, 162 pages.
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Charlotte
le 19 janvier 2010 18h48
Enfin un livre qui parle vraiment. Merci je courre l’acheter.