01.10.2008 | 16h51 |
par Anne-Cécile Sanchez et Cécile Sepulchre
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Si, voici quelques mois, les experts de la finance avaient levé les yeux de leurs écrans et remarqué qu’Angelina Jolie et ses consœurs d’Hollywood ne portaient plus que des robes longues, ils auraient vu venir la crise. Ce n’est pas ma concierge qui le dit, mais le très sérieux « New York Times », qui consacrait cet été une pleine page aux courbes étrangement parallèles de la mode et des cours de Wall Street. Tandis que les guerres marquent le retour aux vêtements basiques et voient les mouvement de mode contrariés par de vrais pénuries de tissus ou autres matériaux (on se souvient, dans les années quarante, de l’apparition des tenues étriquées et des chaussures compensées, afin de ne pas user les semelles), les périodes de crises sont mues par une autre logique. Le vêtement se fait protecteur : il s’agit de se défendre symboliquement contre l’adversité. « Quand tout va bien les jupes raccourcissent, on est dans la frivolité, la légèreté. Les pantalons et les jupes-culottes ressortent en période de récession ; les femmes endossent leur tenue de combat, en quelque sorte , résume Vincent Grégoire, du bureau de style Nelly Rodi. On observe d’ailleurs en ce moment l’émergence d’une esthétique austère inspirée de l’esprit militaire. » Parions que les tailleurs-pantalons feront un tabac cet hiver. Un uniforme à la taille haute et sanglée, pour amazones mobilisées. La sobriété à l’antique des robes du soir drapées, portées sur tapis rouge, peut aussi se lire comme l’indice d’une certaine rigueur…
Les couturiers ont-ils des pouvoirs de devins ? On touche-là au mystère de la mode. Certes, les prémices du krach boursier qui nous préoccupe aujourd’hui se sont manifestées dès le mois d’août 2007. Nos pythies avaient quelques indices. Mais à cette date, les collections de l’été 2008 étaient déjà en grande partie bouclées. En revanche, la chute des ourlets observée par le « New York Times » est à la mesure de la brutalité du choc de cet automne. Ironie du sort, l’engouement pour ces robes balayant le sol s’est répandu comme une traînée de poudre, au moment où les politiques assuraient que la crise était « derrière nous ».
La personnalité de ceux qui font la mode explique en grande partie cette clairvoyance du style sur son époque. « Les créateurs sont des hypersensibles, des éponges, affirme l’historienne Florence Muller. La nature même de leurs activités, en les obligeant à se renouveler en permanence, les conduit à développer leurs antennes. Sans compter qu’il y a une grande part de psychologie dans leur travail. Un John Galliano, par exemple, imagine très précisément la femme qu’il habille, il a besoin de la caractériser dans les moindres détails : comment elle vit, ce qu’elle pense, ce qu’elle mange… » C’est ainsi que la mode, qui est sans cesse projetée dans les saisons suivantes, accompagne l’air du temps, et le devance souvent inconsciemment. La mode a toujours été un miroir de la société, dont elle sait parfois anticiper les ruptures ou les évolutions.
marco
le 6 octobre 2008 01h09
formidable cette enquête ! On apprend des choses et on a l’impression de comprendre mieux le sens de la mode. Vous êtes les seuls à avoir réagi à l’actualité. Continuez !!
Julia
le 4 octobre 2008 18h08
Bravo à Prestigium, qui est le seul magazine de mode à faire allusion à la crise et la relation qui existe entre la mode et la crise.L’article est très intérressant, intelligent, bravo à la rédaction !
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Aline
le 29 novembre 2008 01h40
On aimerait que vous suiviez cette histoire pour voir si cela se confirme. Il parait que pour l’été prochain les robes chemises de nuit seront à nouveau là.